DOCUMENT DE RECHERCHE 9
La santé et la
sécurité au travail
— Une optique patronale
©Ministre des Approvisionnements et Services Canada 1992
N° de cat. JS62-78/1992
ISBN 0-662-58868-1
Comité externe d'examen de la
Gendarmerie royale du Canada
Président
L'honorable René J. Marin, OMM, c.r., LLD
Vice-Présidente
F. Jennifer Lynch, c.r.
Membres
Joanne McLeod, CM, c.r.
William Millar
Directeur exécutif
Simon Coakeley
Ce document fait partie d'une série de documents de
recherche que le Comité a l'intention de publier en vue de recueillir les observations du
public, celles-ci devant l'aider à formuler des recommandations conformément à la Loi
sur la Gendarmerie royale du Canada (1986). Les opinions exprimées dans le présent
document ne sont pas nécessairement celles du Comité.
N'hésitez pas à nous faire part de vos observations en les faisant parvenir à:
Simon Coakeley
Directeur exécutif
Comité externe d'examen de la GRC
C.P. 1159, Succursale "B"
Ottawa (Ontario)
K1P 5R2
Télécopieur: (613) 990-8969
Série de documents de recherche
Numéro 9: La santé et la sécurité au travail
Directrice, Recherche et Communications:
Lynne Bennett
avec le concours de:
Simon Coakeley
Yvonne Martin
Suzanne Gervais
Expert-conseil:
Shimon L. Dolan, Ph.D.
Marie Reine van Ameringen, Ph.D.
Déjà parus:
Document de recherche 1
Les suspensions - Une analyse comparée
Les suspensions
- Compte rendu de la consultation
Document de recherche 5
Programmes d'aide aux employés - Philosophie, théorie et pratique
Programmes d'aide aux employés
- Compte rendu de la consultation
Document de recherche 2
La réinstallation - Peut-elle se faire sans difficulté?
La réinstallation
- Compte rendu de la consultation
Document de recherche 6
Renvoi pour raisons disciplinaires - Une optique policière
Renvoi pour raisons disciplinaires
- Compte rendu de la consultation
Document de recherche 3
Renvoi pour raisons médicales - Une optique policière
Renvoi pour raisons médicales
- Compte rendu de la consultation
Document de recherche 7
Conduite en dehors des heures de service
Conduite en dehors des heures de service
- Compte rendu de la consultation
Document de recherche 4
Le traitement ultérieur des plaintes - L'impact de la procédure des plaintes
sur le système de discipline dans la police
Le traitement ultérieur des plaintes
- Compte rendu de la consultation
Document de recherche 8
Imposition des sanctions dans la police
- Principes généraux
AVANT-PROPOS
Ce document est le neuvième d'une série
présentée par la Direction de la recherche du Comité externe d'examen de la GRC.
Le Comité et les experts-conseils désirent
remercier toutes les personnes qui ont apporté une collaboration essentielle à la
préparation de ce document de recherche:
M. Simon Bigras
Conseiller en santé et sécurité du travail
Service des relations avec le personnel
Sûreté du Québec
M. Alain Devost
Conseiller en prévention des accidents et maladies du travail
Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail, secteur affaires
municipales (APSAM)
Mme Roxanne Dugas, M.Sc
Consultante en relations du travail et en santé et sécurité au travail
M. James M. Kingston
Association canadienne des policiers
M. Georges Pinchaud
Directeur des services techniques
Service de la santé et sécurité du travail
Fraternité des policiers de la Communauté urbaine de Montréal
M. Patrick H. Shafer
Conseiller supérieur en sécurité et hygiène du milieu
Direction des services de santé
GRC
Mme Jeanne Taussig
Bibliothécaire
Association paritaire pour la santé et la sécurité au travail, secteur affaires
municipales (APSAM)
Dr Michelle Tremblay m.d.
Spécialiste clinique en santé au travail
Département de santé communautaire
Hôpital Saint-Luc, Montréal
M. Gilles Trudeau
Professeur à l'École de relations industrielles
Université de Montréal
Ce document de recherche n'aurait pu être publié
sans la collaboration de ces personnes.
Simon Coakeley
Directeur exécutif
Comité externe d'examen de la GRC
TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION
VUE D'ENSEMBLE DE LA SANTÉ ET DE LA SÉCURITÉ AU TRAVAIL
2.1 Définition de la santé et de la sécurité au travail
2.2 Importance croissante de la santé et de la sécurité au
travail
2.3 Données de base concernant la santé et la sécurité au
travail
2.3.1 Coûts et avantages
2.3.2 Profil général des accidents
ASPECTS JURIDIQUES
3.1 Historique
3.2 Contexte canadien
3.2.1 Points saillants des lois et règlements fédéraux
QUESTIONS ESSENTIELLES DANS LE MILIEU POLICIER
4.1 Accidents du travail
4.2 Maladies professionnelles
4.2.1 Risques chimiques
4.2.2 Risques physiques
4.2.3 Risques biologiques
4.2.4 Risques ergonomiques
4.2.5 Risques psychosociaux
4.2.6 Horaires de travail
STRATÉGIES ET LIGNES DE CONDUITE POUR AMÉLIORER LA SITUATION
5.1 Modification des perceptions du personnel policier
5.1.1 Changing how Police Personnel Perceive Improvement
5.1.2 Promotion proactive
5.1.3 Rôle clé de la participation
5.2 Prévention des accidents
5.2.1 Équipement de protection
5.2.2 Formation
5.3 Prévention de risques précis pour la santé
5.3.1 Réduction des risques liés au plomb et à aux produits chimiques toxiques
5.3.2 Réduction du risque de contracter le SIDA ou l'hépatite B
5.3.3 Réduction de la fréquence des maux de dos
5.3.4 Gestion et réduction du stress au travail
5.3.5 Amélioration des horaires de travail
PERSPECTIVE PATRONALE: NOUVELLES APPROCHES
6.1 Santé et sécurité au niveau de l'organisation
6.2 Évaluation des programmes de santé et de sécurité au
travail
6.3 Prototype - Risques pour la santé et la sécurité au
travail en milieu policier et remèdes correspondants
CONCLUSIONS
ENDNOTES
BIBLIOGRAPHIE
Chapitre I
Le présent document de recherche vise
essentiellement à fournir des références informatives et analytiques pour favoriser et
promouvoir l'instauration de politiques et de pratiques fructueuses en ce qui concerne la
santé et la sécurité au travail des policiers. Le document traite des obligations et
des responsabilités officielles et officieuses des employeurs à cet égard sans
négliger les droits des employés. Des stratégies et des lignes directrices seront
proposées pour améliorer divers aspects du milieu de travail. Ces stratégies sont
fondées sur une recherche documentée et sur l'expérience de la police et d'autres
composantes du secteur des services.
Pour étudier les questions à fond, le document
procède à un examen global de la documentation portant sur les aspects juridiques et
financiers, les facteurs environnementaux liés aux accidents du travail, les maladies
professionnelles physiques, les facteurs psychologiques, le travail par quarts et les
programmes de santé et de sécurité dans les services policiers. Un certain nombre de
bases de données informatisées ont été consultées dont MEDLINE, SOCSCI INDEZ,
PSYINFO, NIOSH, CCOHS ainsi que la banque de données de la Commission de la santé et de
la sécurité du travail (CSST) du Québec. Il est étonnant de constater que les ouvrages
rigoureux et scientifiques sur le sujet n'abondent pas1.
Comme en témoigne la bibliographie en annexe, la
grande majorité des articles publiés pourraient être classés dans la catégorie des
écrits d'opinion. Ils s'adressent aux profanes, et la recherche sur laquelle ils reposent
est mince, voire inexistante.
Pour élargir notre base d'information, des
spécialistes de la santé et de la sécurité au travail ont été interrogés, tant à
l'intérieur qu'à l'extérieur du secteur policier. Ces entrevues ont énormément aidé
à situer et à interpréter les données tirées de la documentation. Il est devenu
apparent que des projets de recherche étaient en cours. Le Québec fait des efforts
considérables, surtout en ce qui concerne la sécurité des policiers. Des rapports
préliminaires ont été accessibles, et les lecteurs noteront que certaines sections du
présent document en sont fortement teintées.
Chapitre II
Le concept de la santé et de la sécurité au travail s'entend de
l'état physiologique ou physique et sociopsychologique de l'effectif d'une organisation
dans son milieu de travail2.
Ce concept regroupe diverses réactions à un certain nombre d'influences
contraignantes dont la plus fondamentale est le sens de la responsabilité sociale et
humanitaire. Voici ce qu'en dit French (1990):
De nos jours, la gestion de la santé et de la sécurité est une
activité complexe qui exige l'intervention de spécialistes de plusieurs disciplines dont
l'hygiène du travail, la médecine du travail, l'écologie, la psychologie et le génie
de la sécurité, pour n'en nommer que quelques-unes. De plus, cette activité ne se
limite plus aux conditions physiques du milieu de travail, mais s'étend désormais au
bien-être mental et émotif des travailleurs de même qu'au souci de protéger la
collectivité de la pollution et de l'exposition à des substances toxiques3.
Parmi les maladies professionnelles courantes, tant
physiologiques que physiques, qui ont été étudiées par le passé, on retrouve les
maladies cardio-vasculaires, diverses formes de cancer, l'emphysème, la stérilité, la
pneumonie blanche, les blessures physiques et les pertes de vie proprement dites. Depuis
peu, des infections comme l'hépatite et le SIDA ont été classées parmi les maladies
professionnelles. Parmi les conditions sociopsychologiques qui influent sur la qualité de
vie au travail on retrouve le stress, l'épuisement professionnel, l'insatisfaction, le
retrait, la temporisation, l'apathie, l'alcoolisme et les autres toxicomanies et d'autres
comportements d'évasion adoptés par les travailleurs.
À l'heure actuelle, certains facteurs attirent
l'attention sur le concept de la santé et de la sécurité au travail et peuvent lui
donner de nouvelles orientations. Citons notamment les nouvelles définitions de la
responsabilité sociale, l'influence des syndicats et la préférence accordée à la
prévention par rapport à l'indemnisation4.
Il faut tenir compte du milieu de travail dans la
gestion des opérations courantes parce qu'il touche les travailleurs tant à titre
d'employés qu'à titre de membres de la société dans son ensemble. Les employeurs
conscients de leurs responsabilités sociales doivent accorder la priorité à la
création d'un milieu de travail sûr, sain et respectueux de l'environnement. Une telle
préoccupation contribue à rehausser leur image auprès de la population et à établir
des relations publiques positives, et elle devrait se traduire par un engagement envers la
santé et la sécurité des employés qui ne consiste pas seulement à leur verser des
indemnités financières, mais aussi à se soucier des conséquences à long terme qu'ont
les conditions de travail sur eux et leur famille5.
Les syndicats nord-américains réclamaient
autrefois activement des employeurs une amélioration des conditions de travail
matérielles. De plus en plus, ils négocient l'inclusion de clauses de santé et de
sécurité au travail dans les contrats de travail et ils demandent de participer aux
comités créés à cet effet6. Le mouvement syndical est aussi une force
motrice importante dans la recherche pratique menée sur le sujet.
Au cours d'un symposium national tenu en 1985, l'American
National Instituts for Occupational Safety and Health (NIOSH) et l'Association of
Schools of Public Health ont introduit un nouveau concept suggérant que "on ne
peut plus tolérer des conditions de travail dangereuses, et il faut prendre des mesures
claires et nettes pour prévenir les maladies et les blessures professionnelles les plus
courantes7.
Par le passé, les employeurs avaient la
responsabilité de venir en aide aux travailleurs malades et blessés. Ils assuraient donc
des examens physiques périodiques, engageaient des infirmières sur les lieux de travail
pour traiter les blessés, rémunéraient les employés pendant de courtes périodes de
maladie et versaient parfois des prestations d'hospitalisation.
Il devient maintenant de plus en plus évident qu'en
aidant les employés à demeurer en bonne santé, on peut non seulement leur éviter des
souffrances inutiles, mais aussi rendre service à l'organisation8. On
s'aperçoit, en général, qu'il vaut mieux prévenir que guérir.
L'Organisation internationale du travail a prédit
l'émergence de certains phénomènes d'importance pour la prochaine décennie. En voici
quelques-uns: les gouvernements, les travailleurs et les employeurs prendront davantage
conscience du concept de la santé et de la sécurité au travail et lui accorderont plus
d'appui; les risques chimiques seront beaucoup mieux contrôlés et les programmes de
prévention des accidents s'amélioreront9.
Les coûts énormes, tant sur le plan financier que
sur le plan humain, qui découlent des mauvaises conditions de santé et de sécurité
justifient à eux seuls l'instauration de programmes d'amélioration des lieux de
travaille10. Entre 1975 et 1985, 1000 travailleurs canadiens en moyenne sont
morts chaque année à la suite d'accidents de travail. En 1978, les accidents de travail
ont entraîné la perte d'environ 12,3 millions de jours de travail11.
En 1982, les coûts directs des indemnités versées
aux travailleurs blessés s'établissaient à 1,5 milliard de dollars, et ce total est
passé à environ 3 milliards de dollars en 1987. Selon les estimations, entre 10 et 15
milliards de dollars en coûts indirects viennent se greffer à cette somme.
En outre, les statistiques montrent que le nombre
des accidents de travail est à la hausse. Ainsi, en 1986, 586 718 Canadiens ont été
victimes d'accidents de travail qui ont entraîné des pertes de temps. En 1987, ce nombre
est passé à 602 531 et en 1988, à 617 997. Des rapports récents de Statistique Canada
montrent que les maladies et les accidents liés au travail font perdre plus de jours de
travail chaque année que les conflits de travail12.
Les coûts supplémentaires liés au stress
professionnel et à la mauvaise qualité de la vie au travail sont énormes. Ainsi, on
estime que l'alcoolisme, souvent vu comme un moyen de faire face au stress du travail,
coûte aux organisations et à la société canadienne plus de 21 millions de dollars par
jour13.
En règle générale, les organisations qui
réduisent la fréquence et la gravité des accidents du travail et améliorent la
qualité de vie de leur personnel récoltent les avantages suivants:
- la productivité est plus élevée parce que le nombre de jours de travail perdus
diminue;
- les employés deviennent plus efficients parce qu'ils s'intéressent davantage à leur
travail;
- les frais médicaux et les frais d'assurance baissent parallèlement à la demande;
- les taux d'indemnisation des travailleurs et les paiements directs baissent;
- la participation accrue et le sentiment d'appartenance du personnel le rendent plus
souple et plus adaptable;
- l'organisation présente plus d'attrait comme lieu de travail; et
- il y a moins de décès.
Les organisations dépensent plus de temps,
d'énergie et de ressources à la promotion de la santé et de la sécurité au travail
non seulement parce que l'absence de ces conditions entraîne des coûts alarmants, mais
aussi parce que la loi et l'exercice d'une saine gestion l'exigent.
Pour mieux comprendre les risques d'accidents et les
types de blessures et de maladies, on a dressé un profil à partir des données
existantes. Au Canada, les hommes, particulièrement ceux qui sont âgés de 20 à 29 ans,
ont quatre fois plus d'accidents que les femmes, peut-être, en partie, parce que ce sont
toujours eux qui exercent la plupart des emplois dangereux. Les lésions lombaires
représentent 52 % de l'ensemble des accidents, et les surfaces de travail constituent le
facteur le plus important de blessures dues à un effort excessif dans l'étiologie de ces
lésions. Les secteurs professionnels dans lesquels surviennent la plupart des accidents
sont, par ordre de fréquence, le secteur manufacturier, suivi de près par le secteur des
services (y compris la police) et la construction14.
Chapitre III
C'est Bismarck qui, au XIXe siècle,
créa le premier programme d'indemnisation des travailleurs afin de déjouer, par
l'introduction d'un régime d'assurance sociale, le mouvement réformiste progressiste en
Allemagne15.
Avant l'adoption des lois sur les accidents du
travail au Canada, le seul recours des travailleurs blessés au travail était d'intenter
une action en responsabilité délictuelle fondée sur la négligence de l'employeur. Aux
termes de la common law, l'employeur devait assurer des conditions de travail
raisonnablement sûres, mais on décourageait souvent les travailleurs blessés d'intenter
des poursuites, de sorte qu'ils étaient privés de revenus ou de moyens d'obtenir des
soins médicaux adéquats.
Dans la deuxième moitié du XIXe
siècle, la majorité de ceux qui ont intenté des poursuites ont échoué dans leur
tentative de prouver la responsabilité de l'employeur et de recouvrer des dommages
intérêts. L'injustice que l'on percevait dans cet état de choses a mené à des
réformes.
La première loi protégeant les travailleurs
canadiens a été promulguée en 1885. Les États-Unis ont adopté, en 1908, une loi sur
la santé et la sécurité au travail pour protéger les employés du secteur public. Six
ans plus tard, l'Ontario créait sa première Commission des accidents du travail, et le
Québec lui emboîtait le pas en 1928.
Aujourd'hui, le concept de la santé et de la
sécurité au travail au niveau fédéral et provincial a marqué de grands progrès.
Comme le montre la prochaine section, le Canada a, à cet égard, l'un des cadres
législatifs les plus avancés au monde sur le plan social.
La législation canadienne sur la santé et la
sécurité au travail se distingue de celle de la plupart des autres pays par l'importance
accordée aux droits des travailleurs. Cette législation leur permet de refuser
d'accomplir un travail dangereux, d'être informés des matières ou des conditions de
travail dangereuses et de participer à des comités de santé et de sécurité au
travail. C'est ce que l'on entend souvent par les droits fondamentaux en matière de
santé et de sécurité au travail.
À cause du contexte constitutionnel canadien, les
aspects juridiques de la santé et de la sécurité au travail sont abordés sous treize
angles quelque peu différents, soit ceux du gouvernement fédéral, des dix provinces et
des deux territoires. La Constitution canadienne fixe les paramètres de la compétence
des gouvernements fédéral et provinciaux par rapport au lieu de travail. Le gouvernement
fédéral ne peut légiférer qu'en ce qui concerne les employés et les entreprises qui
relèvent de lui. Il s'agit notamment des chemins de fer interprovinciaux, des
communications, des pipelines, des canaux, des passages d'eau, des entreprises
d'expédition, des compagnies de transport aérien, des banques, des silos à céréales,
des mines d'uranium et de l'énergie atomique.
Chacune des provinces a, à l'intérieur de ses
frontières, de vastes pouvoirs de réglementation dans des domaines liés au milieu de
travail et à la relation employeur-employé. Même si des tendances et des thèmes
communs se dégagent, chacune des provinces a sa propre législation. Les employés du
gouvernement fédéral, y compris ceux de la GRC, n'étant pas assujettis aux lois
provinciales, le présent document ne traitera que de la législation fédérale
pertinente.
Quatre lois fédérales portent sur la santé et la
sécurité au travail. Ce sont la Loi sur les produits dangereux16, la Loi
sur le transport des marchandises dangereuses17, la Loi sur le Centre
canadien d'hygiène et de sécurité au travail18 et le Code canadien du
travail19, Partie II, qui touche tous les employés du gouvernement
fédéral.
La Loi sur les produits dangereux, adoptée
en 1969, s'applique à une grande partie du secteur industriel au Canada sur lequel elle a
deux types d'influence:
- elle interdit la vente ou l'importation de certains produits; et
- elle établit des normes d'identification et d'étiquetage des produits dangereux.
La Loi sur le transport des marchandises
dangereuses, promulguée en 1981, établit une seule autorité législative
(Transports Canada) chargée de s'occuper de la manutention et du transport des
marchandises dangereuses par tous les modes de transport réglementés par le gouvernement
fédéral au Canada.
La Loi sur le Centre canadien d'hygiène et de
sécurité au travail a été adoptée en 1978. Le Centre a pour vocation première de
promouvoir l'échange d'information. Il a mis sur pied un système complexe d'information
automatisé à l'intention des organisations, des gouvernements et de tous ceux qui
s'occupent de santé et de sécurité au travail. Le Centre fait la promotion du droit à
un milieu de travail sur et coordonne des services de recherche et de consultation.
Le Code canadien du travail, Partie II,
traite en particulier des règlements sur la sécurité au travail des employés de la
fonction publique fédérale ainsi que des obligations des employeurs et des employés à
l'égard de la promotion de la santé et de la sécurité. Aux termes de cette loi,
"l'employeur veille à la protection de ses employés en matière de sécurité et de
santé au travail"20.
Cette obligation générale englobe notamment les
exigences suivantes21:
[...] que tous les ouvrages et bâtiments [...] soient conformes aux normes22
réglementaires;
[...] que l'on enregistre et signale tous les accidents, toutes les maladies
professionnelles et autres situations comportant des risques;
[...] que l'on affiche les consignes touchant la santé et la sécurité;
[...] que l'on fournisse des installations de premiers soins et d'autres services de
santé;
[...] que l'on veille à ce que l'ensemble de l'équipement (fixe et mobile) soit
conforme aux normes réglementaires;
[...] que l'on fournisse les matériels, l'équipement, les dispositifs et les
vêtements réglementaires de sécurité;
[...] que l'on veille à ce que l'ensemble de l'équipement soit bien entretenu;
[...] que l'on veille à ce que l'aération, l'éclairage, la température,
l'humidité, le bruit et les vibrations soient conformes aux normes réglementaires;
[...] que l'on offre la formation, l'entraînement et la surveillance nécessaires en
matière de santé et de sécurité au travail;
[...] que l'on veille à ce que les employés soient informés de tous les risques
connus ou prévisibles;
[...] que l'on veille à ce que la Loi sur le contrôle des renseignements relatifs aux
matières dangereuses soit pleinement respectée23.
La Direction des services de santé (DSS) de la GRC
a publié récemment, par rapport à cet article du Code du travail, un manuel
administratif dans lequel elle donne quelques lignes de conduite générales sur un
programme de santé et de sécurité au travail. Elle y énonce les responsabilités
qu'assume la DSS pour le compte de l'employeur, le rôle des agents de sécurité
conformément à la Partie Il du Code canadien du travail, et les droits des
membres de la GRC, dont:
[...] le droit de recevoir de l'information sur les risques;
[...] le droit de participer à des comités de santé et de sécurité;
[...] le droit de refuser d'accomplir un travail.
Le manuel propose, en outre, la création d'un
comité consultatif national et précise ses responsabilités (on trouvera plus
d'information dans GRC, 1991). Comme le manuel vient tout juste d'entrer en vigueur, les
données ne sont pas disponibles sur l'efficacité de la politique.
Chapitre IV
On a longtemps considéré la profession policière
comme une profession à risque. En se fondant sur les demandes d'indemnisation
présentées par des travailleurs de l'Ohio, Hales et coll. (1988) ont indiqué récemment
que c'est chez les policiers, de même que chez d'autres travailleurs assurant directement
des services au public (par exemple, les pompistes des stations-service, les employés du
secteur immobilier et les employés d'hôtels et de motels) que le risque de faire l'objet
de crimes violents au travail est le plus élevé. En Ontario, le taux d'homicide lié au
travail était à son maximum chez le personnel policier24.
Les statistiques générales sur les accidents du
travail sont difficiles à interpréter. Les taux sont calculés différemment d'une
étude à l'autre, les perspectives sont souvent étroites, et les comparaisons avec
d'autres professions ou avec l'ensemble de la population deviennent quasi impossibles à
cause, bien souvent, de l'absence de banques de données pouvant fournir une information
pertinente. Dans ce contexte, les études se concentrent souvent sur un seul facteur,
comme les blessures subies dans des accidents d'automobile25 ou les agressions
mortelles26 sans identifier les données liées à la police.
Dans une perspective plus large, une étude
réalisée au Québec sur les blessures liées au travail dans les services policiers
municipaux et provincial a révélé que la fréquence relative des accidents dans la
police était à peu près la même que dans l'ensemble de la population active27.
Cependant, si l'on se fondait sur les jours de travail perdus, les accidents des policiers
semblaient plus graves.
Selon deux études distinctes ayant établi des
fréquences et des taux différents, on retrouve parmi les types d'accidents les plus
fréquents chez les policiers des altercations et des agressions, des chutes, des
blessures dues à un effort excessif, des collisions d'automobile et des coups assenés
avec divers objets28. Les blessures surviennent le plus souvent au dos, aux
mains et aux doigts, aux genoux et aux jambes. Des statistiques publiées récemment
confirment ces conclusions29.
Les risques de maladies professionnelles sont un
élément important de la santé et de la sécurité au travail. Les rapports
scientifiques sur le sujet sont rares, mais une étude excellente sur les services
policiers municipaux et provincial au Québec a été publiée. À notre avis, il y a lieu
d'appliquer les conclusions de cette étude à d'autres services policiers. Une partie du
débat qui suit repose donc sur cette étude30.
Tremblay et Tougas ont classé les risques pour la
santé des policiers en cinq grandes catégories: ce sont les risques chimiques,
physiques, biologiques, ergonomiques et psychosociaux. Ils se penchent aussi sur quatre
autres facteurs qu'ils n'ont pas classés sous ces rubriques, à savoir les risques de
maladies cardio-vasculaires, l'inactivité physique, le régime alimentaire et les
horaires de travail. Le travail par quarts et ses relations étroites avec l'alimentation
feront l'objet d'une section distincte (4.2.6). De même, comme les risques de maladies
cardio-vasculaires et la condition physique ne peuvent être dissociés, ils seront
étudiés à titre de conséquences du stress dans la section des risques psychosociaux
(4.2.5).
Les policiers sont exposés à un certain nombre de
risques chimiques dans l'exercice de leurs fonctions. Citons, pour n'en nommer que
quelques-uns, le monoxyde de carbone, le plomb, la poussière et les produits chimiques
dangereux. Les trois premiers sont omniprésents en grande quantité, surtout dans les
régions urbaines. Même si ces produits constituent un risque plus grand pour les
policiers que pour l'ensemble de la population, il n'en reste pas moins que, dans des
conditions courantes, ils se situent toujours à des niveaux largement inférieurs aux
normes gouvernementales reconnues.
Il y a une exception à la règle, soit l'exposition
au plomb dans les salles de tir. Selon la fréquence des exercices et le temps qui leur
est consacré, les policiers, et en particulier les instructeur de tir, courent un plus
grand risque à cet égard31. La nécessité d'exercer un contrôle adéquat
sur ce type de risques fait l'unanimité.
La grande majorité des policiers ne sont pas
exposés couramment à des produits chimiques dangereux. Il peut cependant survenir des
situations à haut risque, comme des accidents dans le transport des produits et des
catastrophes aériennes, où les policiers se retrouvent propulsés au remiser plan32.
Les procédures policières en cas d'urgence sont assez uniformes [...]
Les priorités fondamentales sont de sauver les vies et de protéger les biens33.
Mais il se peut que la protection des policiers ne
soit pas suffisamment assurée. Il faut établir des procédures pour ce genre de
situations et les mettre à l'essai. Il faut contrôler et surveiller les actions. Une
planification détaillée avec chacun des groupes touchés s'impose. On s'efforce
actuellement, à la GRC et à la Sûreté du Québec (la police provinciale du Québec,
ci-après appelée la SQ), de trouver de l'équipement de protection et de l'améliorer34.
De plus, certains services de police ont,
conformément aux règlements provinciaux qui les régissent, rempli des fiches
d'information complètes sur tous les genres de produits dangereux; ces fiches portent
notamment sur les effets des produits sur la santé, sur leur manutention, sur la
prévention des accidents ainsi que sur le traitement de leurs effets. Les techniciens
chargés de faire enquête sur les lieux du crime constituent un cas particulier
d'exposition à des substances toxiques. Dans certains services, les analystes de
laboratoire ont pris conscience des dangers et ont instauré des habitudes de travail
protectrices. Par la suite, des règlements sur la sécurité des agents chargés de faire
enquête sur les lieux du crime ont été adoptés35.
Le bruit, la chaleur et le froid sont au nombre des
risques physiques. Le bruit est le plus répandu. Ainsi, au Québec, les règlements
stipulent qu'il ne faut pas exposer les travailleurs à plus de 90 dB au cours d'une
journée de 8 heures pour protéger leur ouïe. Tremblay et Tougas (1989a) ont observé
que, si une sirène de voiture peut atteindre un niveau maximal de 110 dB, le policier est
rarement exposé dans son travail de tous les jours à plus de 85 dB. Un spécialiste de
la GRC a indiqué qu'on songe actuellement à installer sur le capot les sirènes se
trouvant actuellement sur le toit des voitures pour réduire l'exposition au bruit36.
Les policiers courent les mêmes risques que toutes
les autres personnes qui travaillent à l'extérieur en ce qui concerne la chaleur et le
froid. Ils doivent avoir des vêtements protecteurs adéquats. Depuis quelques années, de
plus en plus de voitures de patrouille sont climatisées, surtout dans les régions
urbaines.
Les policiers qui travaillent couramment avec le
public sont plus susceptibles de rencontrer des personnes ayant des infections à haut
risque comme le SIDA et l'hépatite B. Lorsqu'ils portent secours à des personnes
affaiblies ou blessées, ils peuvent entrer en contact avec des liquides biologiques.
Jusqu'à présent, aucune étude n'a révélé que l'incidence des maladies infectieuses
était plus élevée à l'intérieur de ce groupe que dans l'ensemble de la population.
Cependant, on discute de plus en plus de la possibilité d'instaurer dans les services
policiers un programme de vaccination générale contre l'hépatite B37.
Il est essentiel de bien renseigner tous les membres
du personnel. Les risques sont largement publicités, et les policiers sont peut-être mal
informés et inquiets. Des mesures de prévention simples se sont avérées tout à fait
efficaces38. À Montréal, la simple annonce de la tenue du Congrès
international sur le SIDA en 1989 a soulevé un vent de panique dans les services de
police municipaux. Un vaste programme de prévention a, par la suite, été mis sur pied
avec l'aide des services de santé communautaire locaux39.
Comme on l'a dit plus haut (section 4.1), les maux
de dos sont les malaises les plus fréquents chez les policiers. Une étude a révélé
que les policiers, les chefs de police et les directeurs des services de police municipaux
étaient unanimes à dire que les sièges des voitures de patrouille constituaient le plus
grand facteur de risque de maux de dos et devaient être corrigés en priorités40.
Cette étude a amené l'Institut de recherche en santé et en sécurité du travail du
Québec à faire une enquête sur l'ergonomie. Les chercheurs ont tenté de déterminer
s'il y avait une relation entre la conception des voitures de patrouille et les maux de
dos41. Ils ont ensuite procédé à une étude ergonomique complète en vue de
modifier les voitures. Ils se sont particulièrement attardés aux sièges, au tableau de
bord et à l'installation de l'équipement42. S'inspirant des conclusions
positives de ces études, des services de police municipaux du Québec et la SQ envisagent
actuellement de doter les voitures de patrouille de nouveaux sièges ergonomiques.
On a étudié parallèlement l'effet sur la colonne
vertébrale de la distribution inégale du poids de l'équipement que les policiers
portent à la ceinture, c'est-à-dire le revolver, la matraque et la radio43.
Les risques psychosociaux auxquels les policiers
sont exposés ont été longuement étudiés sous le thème général du stress
professionnel. Le présent document ne vise pas à étudier le stress en profondeur, mais
il présente un bref résumé de la recherche menée dans le domaine, c'est-à-dire,
essentiellement, de deux grands rapports traitant directement de divers aspects du stress
dans les forces de l'ordre.
Le premier rapport, de nature théorique, fait le
point sur la question du stress dans les professions policières44. Le
deuxième, qui porte sur un échantillon de policiers, de chefs de police et d'autorités
municipales du Québec, consiste en une étude empirique sur les inter-ventions
effectuées en santé et en sécurité au travail ainsi que sur la fréquence et la
gravité de ces interventions par rapport à un certain nombre de facteurs de stress
identifiés au préalable45.
Il existe une documentation abondante sur le stress
des policiers. Il faut cependant l'interpréter avec prudence, car les recherches sont
fondées en grande majorité sur des études de cas, ce qui rend les généralisations
difficiles. Les auteurs définissent les facteurs de stress à partir de leurs
expériences personnelles ou d'échantillons non représentatifs. Certaines études sont
empiriques, et les biais attribuables à la méthode choisie abondent. Il importe, en
outre, de distinguer les causes (ou facteurs de stress) réelles des réactions
individuelles et organisationnelles (ou conséquences des facteurs de stress
professionnel).
Les facteurs de stress professionnel peuvent être
classés en trois grandes catégories, soit les facteurs extérieurs, intérieurs et liés
à la tâche.
Parmi les facteurs de stress extérieurs, on
retrouve ceux qui ont trait au système judiciaire et aux rapports avec la population. Il
s'agit notamment des comparutions en cour, des contre-interrogatoires, des longs processus
judiciaires, du manque d'encouragement de la part de la population, des rapports avec les
groupes minoritaires et de l'image de la police véhiculée par les médias.
Les facteurs de stress intérieurs ont trait
à l'organisation et à la structure policières. Les politiques administratives et les
pratiques de gestion engendrent certaines difficultés dont l'absence de participation à
l'organisation du travail, des problèmes de communication, un soutien insuffisant de la
part des supérieurs et une bureaucratie trop lourde. Les difficultés liées au profil de
carrière du policier (formation, évaluation de rendement, salaire, promotion, etc.) et
l'insuffisance des ressources humaines et matérielles sont également au nombre des
facteurs de stress.
Les facteurs de stress liés à la tâche
englobent l'alternance de périodes de surcharge de travail et d'inactivité, les conflits
et les ambiguïtés dans les rôles, la perception du danger, la complexité des tâches,
l'absence d'autonomie, les sentiments ambivalents et l'obligation d'affronter la
détresse, la souffrance et la mort. Dans le cadre de l'enquête du Québec, Arsenault et
coll. (1987) ont cerné les dix principaux facteurs de stress parmi les 104 qu'ils avaient
étudiés. Ils ont fondé leur classement sur un consensus établi parmi le personnel
policier. Les principales sources et conséquences de stress chez les policiers étaient
les sièges de voitures de patrouille inadéquats, la lourdeur et l'inefficacité de la
bureaucratie, le matériel de communication périmé, les excès de poids, la baisse de la
motivation au travail, la perception du danger, la mauvaise condition physique,
l'insatisfaction au travail, le stress lié au vol à main armée et les maux de dos.
Certains chercheurs ont conclu que d'autres facteurs
pouvant être liés au travail des policiers figurent au nombre des causes de stress. Il y
a quelques années, Kroes (1985) a indiqué que les taux de problèmes familiaux,
d'alcoolisme et de toxicomanie, de mauvaise santé, de divorce et de suicide étaient
anormalement élevés chez les policiers. Ces facteurs peuvent avoir une certaine
influence sur le rendement au travail et la perception individuelle du stress, mais, si la
grande majorité des chercheurs les considèrent comme des conséquences, certains
estiment que les indicateurs de santé physique, mentale, sociale et organisationnelle
sont au nombre des facteurs de stress.
Les problèmes de santé physique les plus
répandus sont les maladies cardio-vasculaires, le diabète, les ulcères d'estomac, la
cirrhose et les maux de dos. Des études comparatives ont montré que les policiers sont
en moins bonne condition physique, ont un excès de poids, ont des taux de cholestérol46
et de tension artérielle plus élevés47 (Webb, 1977) et courent davantage de
risques de mourir d'une cirrhose et d'une maladie cardio-vasculaire48.
Des programmes de surveillance de la condition
physique et de l'hypertension artérielle mis sur pied aux États-Unis ont donné des
résultats prometteurs. On n'a toutefois pas procédé à une évaluation contrôlée et
approfondie de l'effet de ces mesures49.
Les symptômes de santé mentale les plus
souvent étudiés dans les services policiers sont la dépression, l'épuisement
professionnel et le suicide. Ces dernières années, l'épuisement professionnel a été
l'une des conséquences du stress les plus étudiées dans ce qu'on appelle les
professions d'aide, dont la profession policière50. Selon les participants à
l'enquête du Québec51, l'épuisement professionnel était une préoccupation
nouvelle, mais simplement au même titre que les autres qui figuraient dans la première
tranche de 20 % des 104 problèmes soulevés dans l'étude. Les policiers victimes
d'épuisement professionnel se sentent vidés émotivement après une journée de travail,
se détachent de la population qu'ils desservent (par exemple, sentiments de
dépersonnalisation) et ne prennent pas d'initiatives nouvelles au travail. Si
l'épuisement est grand et devient chronique, il entraîne certains troubles physiques et
psychologiques52.
On a dit que les policiers ont un taux de suicide
supérieur à celui de l'ensemble de la population. Cette conclusion est cependant d'une
fiabilité douteuse. Les échantillons sont restreints, et certaines études présentent
des résultats contradictoires53. Quoi qu'il en soit, il se peut que le
problème du suicide soit sous-estimé, essentiellement parce que les policiers tiennent
à conserver leur image traditionnelle de stoïcisme.
Le travail des policiers peut être une source
majeure de stress pour leur famille et leurs amis et, partant, miner leur santé
sociale. Des études ont montré que l'alcoolisme, les problèmes familiaux et le
divorce étaient plus répandus chez les policiers. Les données montrant que les risques
de suicide et de décès à la suite d'une maladie cardio-vasculaire sont plus élevés
chez les policiers sont sujettes à caution à cause des biais méthodologiques importants
qu'elles comportent. Il n'en reste pas moins que l'isolement causé par la patrouille non
jumelée, les horaires de travail variables et la difficulté psychologique de partager
les émotions fortes liées au contact avec la souffrance, la mort et d'autres crises
humaines peuvent engendrer des problèmes sociaux de ce genre.
Quelques mots en terminant au sujet des
conséquences du stress sur la santé organisationnelle. Des études menées dans
certains services policiers ont établi un rapport entre des facteurs de stress et
certains résultats négatifs comme la baisse de productivité, l'allongement du délai de
réaction et la multiplication des erreurs de jugement, l'insatisfaction au travail, le
désir de quitter la profession, l'absentéisme et les accidents. Le stress au travail a
des répercussions financières et entraîne inévitablement des coûts directs et
indirects tant pour le policier que pour l'organisation qui l'emploie.
Le travail par quarts et les horaires irréguliers
sont monnaie courante pour un grand nombre de travailleurs du monde entier et ont été
longuement étudiés54. L'espèce humaine étant essentiellement diurne (active
le jour), le travail par quarts engendre certaines difficultés. Tout bouleversement des
activités liées au rythme biologique normal comme le sommeil, la digestion, la
température corporelle, la tension artérielle et le pouls ont des conséquences
physiques et psychologiques qui se manifestent non seulement au travail, mais aussi dans
la vie familiale et sociale55.
Les horaires de travail variables se répartissent
en quatre grandes catégories: le travail permanent régulier de soir ou de nuit (garde de
sécurité de nuit); les horaires à rotation rapide, selon lesquels l'employé ne
conserve pas les mêmes heures de travail plus de deux fois de suite (2 nuits, 2 soirs, 2
jours, repos, etc.); les horaires à rotation lente, qui sont les plus répandus en
Amérique du Nord et selon lesquels l'employé conserve le même quart de travail de une
à quatre semaines et, enfin, les. quarts prolongés journées de 10 ou 12 heures; gardes
de 24 heures pour les internes et les résidents56.
Les principaux problèmes liés au travail par
quarts sont les troubles du sommeil, les baisses de rendement et de capacités cognitives,
la mauvaise alimentation et les perturbations de la vie familiale et sociale. La durée et
la qualité du sommeil sont particulièrement touchées. Les gens qui travaillent par
quarts ont plus de mal à s'endormir. Leurs périodes de sommeil et de rêve sont plus
courtes et leur sommeil est moins profond57. Le système nerveux sympathique
est surexcité. La fatigue et la détresse psychosomatique s'installent58.
Le manque de sommeil se fait ressentir de plus en
plus lourdement après quelques jours de travail par quarts. La vigilance, le délai de
réaction et le rendement baissent grandement, surtout lorsque l'activité mentale et
physique varie beaucoup, alternant entre des périodes de surcharge de travail et
d'inactivité59. Il faut de 7 à 12 jours pour que les rythmes biologiques
reviennent à la normale après à peine quelque quarts de travail de nui60.
Il existe une documentation importante, quoique
souvent contradictoire61, sur les effets du travail par quarts, des horaires
prolongés et du manque de sommeil sur le rendement physique et les réactions cognitives.
Les capacités cognitives s'amenuisent, et l'aptitude à accomplir des tâches simples et
courantes diminue progressivement, surtout en ce qui concerne le délai de réaction. Le
rendement physique semble moins touché. Une seule nuit de sommeil régulier perdue semble
suffire pour que ces bouleversements fassent leur apparition; après 48 heures, ils sont
déjà graves.
L'adoption d'habitudes alimentaires irrégulières
suit de près le bouleversement des horaires de travail. Les repas se prennent à toute
heure et souvent seul. Les comptoirs de restauration rapide sont, dans bien des cas, la
solution la plus pratique pendant les quarts de soirée et de nuit. On mange, souvent sur
le pouce, des aliments plus sucrés et plus riches en gras que ceux d'un repas normal. Les
repas en famille préparés à la maison deviennent chose rare. Enfin, la consommation de
caféine augmente énormément62. La combinaison des heures irrégulières,
d'une alimentation de mauvaise qualité et de la perte d'un climat social autour des repas
peut augmenter la fréquence des maladies gastro-intestinales et cardio-vasculaires chez
les travailleurs par quarts63.
Les horaires irréguliers entraînent une troisième
difficulté importante, soit le bouleversement de la vie sociale et familiales64.
Les travailleurs par quarts peuvent facilement se couper de leur milieu social. La
société fonctionne essentiellement de jour, et les travailleurs par quarts ratent des
repas en famille, des activités sportives, des activités de fin de semaine et des
rencontres sociales avec des amis ayant des horaires réguliers ou d'autres quarts de
travail. La stabilité, élément essentiel d'une vie familiale satisfaisante, n'existe
plus. Les autres membres de la famille doivent réorganiser leurs horaires et leurs
activités en fonction du travailleur par quarts. Les enfants doivent se tenir tranquilles
pendant son sommeil. Les jours de congé et les vacances sont parfois difficiles à
planifier et ne permettent presque jamais de faire une sortie en famille.
On a établi des corrélations entre le travail de
fin de semaine et les conflits familiaux65. Enfin, Staines et Pleck (1984) ont
montré que les travailleurs par quarts consacrent moins de temps à leurs rôles
familiaux et sociaux, ce qui entraîne une baisse de la qualité de la vie familiale.
Chapitre V
Les policiers apprennent que leur but principal est
de protéger les citoyens, mais ils doivent aussi prendre conscience de leurs droits et de
la nécessité de se protéger. Ces deux objectifs ne sont pas incompatibles. Ainsi, un
policier ne peut pas refuser de poursuivre un criminel, mais il peut refuser de le faire
au moyen d'un véhicule en mauvais état ou dangereux.
Les policiers et leurs employeurs doivent s'aider à
atteindre des objectifs communs. Pour y parvenir, il faut, entre autres choses, faire de
la santé et de la sécurité au travail l'un des services administratifs inclus dans la
formation de tous les policiers66. En même temps qu'ils se familiarisent avec
l'abc de leurs fonctions, les policiers devraient apprendre les rudiments de la santé et
de la sécurité au travail. Idéalement, cette formation devrait débuter à l'école de
la police et accompagner celle qui porte sur l'ensemble des règlements et des opérations
policières67.
Certains travailleurs ont peut-être une perception
négative de la santé et de la sécurité au travail parce qu'ils croient devoir se munir
d'un équipement encombrant (par exemple, des lunettes lourdes, laides, chaudes et mal
adaptées) dans leur travail de tous les jours ou alourdir des façons de procéder
jusque-là assez simples. Pour modifier les perceptions à l'égard de la prévention, on
peut commencer par apporter une amélioration simple, peu coûteuse et facile à instaurer
(par exemple, donner des renseignements de base sur l'importance de se laver
systématiquement les mains pour se protéger des maladies infectieuses, puis distribuer
des gants jetables), même si elle n'est pas prioritaires68.
Voici quelques lignes de conduite qui pourraient
être incorporées aux programmes de santé sécurité au travail des services policiers:
- Les cadres supérieurs doivent faire preuve de leadership. S'ils négligent la question,
les autres les imiteront et n'accorderont pas d'importance aux politiques pertinentes;
- Il faut définir clairement les responsabilités des régions ou des services pour que
les activités prennent forme;
- Toutes les causes d'accidents et de maladies professionnelles doivent être
identifiées, puis éliminées ou contrôlées afin d'éviter de nouveaux cas;
- Un programme de formation bien conçu est un élément essentiel de tout programme de
santé et de sécurité au travail;
- Les policiers de tous les niveaux doivent utiliser un système d'inscription des
accidents ou des maladies pour déceler des tendances qui pourraient passer inaperçues.
On pourrait également recourir à ce système pour consigner le taux et la fréquence de
l'exposition des policiers dans des Situations à haut risque (surtout celles où des
produits chimiques dangereux entrent en jeu);
- L'organisation doit veiller à ce que tous ses employés prennent conscience de leurs
responsabilités en matière de sécurité au travail et les acceptent.
La direction doit donner l'exemple de l'engagement
et de la motivation lorsqu'elle met au point un programme de santé et de sécurité au
travail et en assure le fonctionnements69. Aucun programme, aussi idéal
soit-il, ne peut fonctionner sans l'adhésion des superviseurs ou des cadres70.
Ils doivent être le moteur de toute mesure visant à prévenir les accidents, à
coordonner les objectifs des programmes et à y apporter des améliorations conformes aux
objectifs des organisations.
De plus, les cadres et les travailleurs de tous les
niveaux doivent participer à l'élaboration et à la structuration des programmes de
santé et de sécurité. On ne saurait identifier les risques, les procédures qui peuvent
s'avérer dangereuses et le fonctionnement quotidien réel du lieu de travail (par
opposition au fonctionnement idéal, conforme aux règlements) sans l'apport du personnel
subalterne.
De plus, les spécialistes en santé et en
sécurité doivent s'assurer que les modifications qu'ils proposent d'apporter aux
procédures sont réalisables et ont véritablement des chances d'être acceptées et
appliquées par le personnel avant d'en faire des politiques71. Les recherches
montrent que des techniques et procédures nouvelles qui semblent parfois idéales sur
papier ou en laboratoire n'atteindront jamais leur but si elles sont si lourdes, si
irréalistes ou si impopulaires qu'elles ne peuvent même pas être instaurées72.
Aucune recherche scientifique documentée sur des
programmes de prévention portant expressément sur les accidents mortels, les collisions
de voiture ou même les accidents de moindre gravité n'a été trouvée. Une exception à
la règle: l'Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail, secteur
affaires municipales (APSAM) du Québec met actuellement au point un programme de
prévention, formé d'une série de conférences et d'exercices précis, qui s'adresse aux
policiers municipaux et provincial". D'autres services policiers voudront peut-être
lui emboîter le pas et déterminer si le programme peut s'appliquer à la prévention des
accidents.
Un débat est engagé sur le port de l'équipement
de protection chez les policiers74. On se demande notamment si tous les
policiers devraient avoir des gilets pare-balles et, dans l'affirmative, s'ils devraient
les porter en tout temps. On se demande aussi quel est le meilleur type d'équipement. Des
guides sur l'évaluation, la sélection et l'utilisation des tenues de protection ont
été publiés75. Les spécialistes de la santé et de la sécurité au
travail, tant à la GRC qu'à la SQ, pèsent le pour et le contre de différents types de
tenues de protection (équipement pour l'escouade anti-émeute et l'escouade tactique;
tenue de protection complète ignifuge, à l'épreuve des liquides, etc.)76.
En ce qui concerne la prévention des accidents
d'automobile, on discute aussi des ceintures et des harnais de sécurité ainsi que des
coussins d'air77.
S'il y a un débat autour de l'utilisation de
l'équipement de protection, c'est, entre autres, parce qu'il semble difficile de fixer
des normes officielles pour l'équipement policier de tout genre78. Cette
tâche semble exiger des formalités administratives quasi insurmontables, selon des
experts interviewés. Ainsi, Damos (1988) soutient qu'il faudrait demander à des
spécialistes de tester systématiquement les armes à feu avant de les mettre dans les
mains des policiers. Il semble que de nouvelles armes n'ayant pas été testées aient
été à l'origine d'accidents malheureux et évitables.
Selon certains ouvrages, il faudrait fournir une
information adéquate et une formation systématique sur les situations à haut risque79.
La conscience du danger chez les policiers peut avoir des résultats paradoxaux. D'une
part, elle peut être tout à fait fonctionnelle et les rendre plus vigilants. D'autre
part, elle peut conduire certains d'entre eux à banaliser la violence et à la
considérer comme partie intégrante du rôle de la police80. Quoi qu'il en
soit, la négligence et la suffisance sont les ennemis jurés du policier. Comme le disent
Boylen et Little (1990), il faut éliminer le facteur de l'erreur humaine grâce à la
formation81.
On peut élaborer des lignes de conduite sur la
formation en examinant les agressions mortelles commises contre des policiers américains82
et en évaluant les situations à haut risque dans lesquelles des policiers ont dû
exécuter des mandats liés aux stupéfiants83. Il faut informer
régulièrement tant les recrues que les policiers d'expérience à ce sujet et leur
apprendre les nouvelles tactiques pour contrer les agressions.
Il faut concevoir et structurer des programmes de
survie des policiers dans des cas qui, selon les statistiques, présentent de fortes
probabilités d'agressions mortelles et non mortelles. La planification et l'information
sur les lieux précis où doivent se trouver les policiers et les tactiques qu'ils doivent
adopter pendant les opérations réduisent la confusion et les accidents. Il faut modifier
les tactiques de réaction pour empêcher les sujets de s'approcher de trop près (la
plupart des homicides sont commis à une distance de moins de quatre pieds).
Il y a lieu d'instituer des critères assurant que
les mêmes policiers n'exécutent pas trop d'opérations de suite. Tous les membres de
l'équipe ayant participé à une opération très risquée devraient en faire
l'évaluation et la critique. Enfin, la formation des recrues et la formation interne des
policiers devraient comporter régulièrement des cours sur les techniques de survie pour
les policiers, les méthodes fondamentales de patrouille, le maniement correct des armes,
l'autodéfense et la conduite préventive.
Il importe de se préoccuper de la situation des
instructeurs des salles de tir et de leur éventuelle surexposition au plomb. Il faut
procéder régulièrement à l'évaluation quantitative de leur exposition au plomb. Il
importe également d'instituer des mesures de prévention médicale et de les suivre84.
Les mêmes mesures doivent être appliquées aux
policiers qui enquêtent sur les lieux de crimes ou qui participent à des descentes dans
des laboratoires clandestins de fabrication de drogues. Eux aussi risquent d'être
exposés à des produits chimiques toxiques. Il faut donc bien les renseigner sur toutes
les matières dangereuses et leur offrir une formation sur la manipulation correcte de ces
substances et sur les mesures de sécurité qui s'imposent.
Dans certains services de police, on élabore en ce
moment des manuels et des fiches techniques santé-sécurité sur toutes les substances
dangereuses. Ces documents devraient décrire les risques tant généraux que spécifiques
ainsi que les méthodes sécuritaires de manutention, d'entreposage et d'élimination85.
L'information et la formation sont souvent offertes
tout d'abord aux membres des comités de santé et de sécurité au travail; par la suite,
ceux-ci donnent la formation aux représentants de la santé et de la sécurité au
travail qui, à leur tour, transmettent les renseignements pertinents à tous les
employés directement intéressés. Environnement Canada a publié un guide qui renferme
les fiches techniques de nombreuses substances dangereuses. Pour chaque produit chimique,
plusieurs renseignements sont donnés: description et propriétés, risques pour la
santé, risques de feu et de réactivité, interventions d'urgence, ensemble de
protection, premiers soins, précautions concernant le transport, protection de
l'environnement et méthode correcte d'élimination86.
La Canadian Chemists Association a publié un
manuel qui décrit les mesures de sécurité, la façon de manipuler l'équipement et les
substances toxiques dangereuses ainsi que les procédures d'urgence suivies par les
employés de laboratoire et qui pourrait être utile aux policiers dans certaines
situations87. De plus, certains recommandent la tenue de registres et de
relevés sur la fréquence d'exposition des policiers; il s'agirait là d'une mesure de
prévention tout aussi importante.
Lorsque survient une catastrophe environnementale,
une explosion, un déversement majeur de produits chimiques toxiques, un écrasement
d'avion ou un autre accident entraînant la libération de substances dangereuses, les
policiers sont souvent les premiers à arriver sur les lieux. Et pourtant, nous n'avons
trouvé aucun document qui traite précisément des procédures à suivre ou des mesures
de protection des agents, si ce n'est un bref résumé des lignes de conduite publiées
par un service policier britannique et portant sur les mesures initiales et essentielles
à prendre dans de telles situations88. Il existe cependant de la documentation
sur les mesures d'urgence et les déversements de produits chimiques en général,
plusieurs guides et quelques articles sur le sujet89.
Il y a, tant au Canada qu'aux États-Unis, des
services gouvernementaux spécialisés dans ce domaine; ils réalisent divers travaux sur
la détection et l'identification des substances, la normalisation des mesures de
sécurité, la protection des personnes et la décontaminations90.
Le Canada et les États-Unis étudient tous deux en
ce moment des instruments portatifs qui permettraient l'identification et l'analyse
immédiates, sur place, de substances toxiques trouvées dans l'eau, le sol et la terre91.
De plus, la Division des techniques d'intervention d'urgence d'Environnement Canada a mis
au point un système d'analyse commandé à distance pouvant servir lors de déversements
de produits chimiques hautement toxiques et volatils sans mettre en péril la vie du
personnel92.
Plusieurs guides contenant des renseignements et des
instructions sur la façon d'élaborer des méthodes de fonctionnement sécuritaires et
normalisées ont été publiés. Parmi ces méthodes figurent les suivantes: tracer un
plan d'action et préparer l'intervention; décrire les dangers et évaluer les risques;
décrire les besoins sur le plan de la surveillance (ressources clés); délimiter les
zones de travail et assigner des fonctions précises; choisir l'équipement de protection
approprié; restreindre l'accès aux lieux; établir les modalités de décontamination,
de prestation de soins d'urgence et de formation93. Sur le plan du personnel,
on peut faire appel à diverses ressources spécialisées: le service de police local, des
services de gestion des urgences, les intervenants du domaine de la santé publique et des
travaux publics, le coordonnateur des matières dangereuses, des spécialistes de
l'industrie, des groupes publics et privés, etc.94.
Quelques observations finales s'imposent au sujet de
l'équipement de protection et des procédures de décontamination. Comme on l'amentionné
dans la section 4.2.1, l'équipement de protection a fait l'objet de certaines études95,
mais son utilité reste controversée. Les spécialistes des mesures d'intervention
d'urgence précisent l'équipement nécessaire pour se protéger contre les divers
dangers; ils décrivent également la délimitation de différentes zones de travail sur
les lieux du déversement, allant de la zone centrale, interdite à tous, jusqu'à la zone
extérieure la plus salubre. L'équipement de protection et les méthodes de
décontamination varient selon la zone dans laquelle on se trouve96.
Comme on l'a dit plus haut, le débat se poursuit au
sujet de la nécessité de vacciner contre l'hépatite B tous les travailleurs qui, de par
leurs fonctions, sont en contact avec des populations à haut risque. Le coût d'une telle
opération serait exorbitant, et c'est pourquoi plusieurs chercheurs ne la recommandent
pas. Ils n'excluent cependant pas la vaccination des agents de police qui ont été
exposés au virus de l'hépatite B au cours d'un incident à risque élevé.
Des programmes de formation offrant des
renseignements clairs, pertinents et complets sur les risques de contamination et les
précautions à prendre devraient être obligatoires pour tous les policiers. Il s'agit
là d'un moyen facile et peu coûteux de protéger les policiers contre les risques
biologiques. Les méthodes de prévention simples et appropriées sont les plus efficaces.
Ainsi, la manipulation correcte et prudente des échantillons biologiques, assortie du
lavage des mains et du port de gants jetables, est une des mesures les plus efficaces de
prévention des maladies infectieuses97. Le document ne reprend pas ici le
débat sur la détection du SIDA chez les travailleurs. L'accent devrait être mis sur la
prévention et l'éducation.
Un programme de prévention continu, offert avec la
collaboration des services locaux de santé communautaire, a réussi à apaiser
l'inquiétude des policiers de la Communauté urbaine de Montréal en leur fournissant des
renseignements pertinents. Il pourrait servir de modèle d'un programme de prévention
efficace98. Deux médecins, spécialistes de la prévention en santé et
sécurité du travail, se sont rendus dans chaque poste de police. Au cours d'une série
de conférences, ils ont informé tous les policiers des risques de contamination et leur
ont enseigné les mesures de protection à prendre.
Le programme de prévention conçu à Montréal à
l'intention des policiers, par l'Association paritaire pour la santé et la sécurité du
travail, secteur Affaires municipales, comprend également un module sur les risques
biologiques99.
Comme en témoignent les statistiques sur les
accidents dont sont victimes les policiers et les données d'études empiriques100,
les maux de dos sont le plus important facteur ergonomique à considérer. La conduite
d'un véhicule automobile, des blessures ou des contusions101, un trop grand
effort déployé pour déplacer des objets lourds, la vibration et le fait d'être assis
dans une position inconfortable pendant de longues périodes semblent les causes les plus
fréquentes de maux de dos102. Le travail policier comporte plusieurs de ces
éléments.
Deux approches sont préconisées pour la
prévention des maux de dos; la première est centrée sur l'individu et, la seconde, sur
l'organisation. La première et la plus conventionnelle de ces deux approches vise
l'amélioration de la condition physique. L'exercice renforce et assouplit les muscles du
dos, réduisant ainsi le nombre de blessures. D'après les études réalisées, les agents
de police comprennent qu'ils doivent améliorer leur condition physique; pour beaucoup
d'entre eux, il s'agit même d'une nécessité absolue103. Cependant, si leur
condition physique est excellente lors de leur formation initiale, elle se détériore
généralement avec l'âge104.
Nombre de services policiers ont mis en oeuvre des
programmes de conditionnement physique visant essentiellement à restreindre les risques
de maladies cardio-vasculaires; cependant, ces programmes augmentent aussi la force
musculaire, ce qui peut contribuer à réduire le nombre de blessures au dos105.
Qui plus est, il ressort de certaines études que la bonne forme physique peut aussi
réduire l'absentéisme106. La bonne condition physique de ses membres peut
donc contribuer directement à diminuer les coûts d'une organisation.
L'approche centrée sur l'organisation, pour ce qui
est de réduire la fréquence des maux de dos et des blessures lombaires, suppose une
analyse approfondie du milieu de travail. Un nombre croissant d'études révèlent que
l'amélioration de facteurs ergonomiques au travail diminue sensiblement la fréquence des
maux de dos107.
Dans le cadre d'une étude fort bien documentée sur
ce sujet, on a réaménagé des voitures de patrouille108. Cette étude est
intéressante pour différentes raisons:
- Ses objectifs incluaient non seulement la reconception du
siège visant une meilleure position ergonomique du dos, mais aussi une analyse complète
des mouvements du corps à l'intérieur du véhicule, selon les diverses tâches à
exécuter.
-
Elle se fondait sur une approche participative: des
ergonomes, des ingénieurs, des professeurs de conduite automobile, des constructeurs
d'automobiles, des spécialistes de la santé et de la sécurité au travail, des
administrateurs de police et des policiers (dont certains souffraient de maux de dos et
d'autres non) y ont pris part.
-
Les éléments suivants ont été analysés: le siège du
conducteur et des passagers, les systèmes de communication, les tâches administratives,
la disposition de l'équipement transportable (matraque, walkie-talkie, armes à feu,
lampe de poche), de l'équipement fixe (radio, équipement d'urgence, écran protecteur,
ordinateur, etc.) et de l'équipement portable (vêtements, gilet pare-balles et tout
objet porté à la taille).
Un consensus s'est dégagé sur la nécessité du
confort, de la sécurité, de la gestion de l'espace et de la prévention des blessures.
Le siège devait être confortable, d'une bonne hauteur et bien soutenir le dos, les
flancs et la tête. Il devait être ajustable et adaptable à la taille et au poids du
conducteur. Il devait également être ferme et durable, de manière à ne pas se
déformer. Enfin, il devait être conçu de manière à s'adapter à l'équipement fixé
à la ceinture des agents. Il fallait rendre la voiture de patrouille plus efficace et
plus sûre lorsqu'elle sert de bureau, en améliorant l'éclairage, en prévoyant des
surfaces permettant d'écrire à son aise et en offrant assez d'espace de rangement. Il
fallait gérer l'espace pour prévenir les obstructions susceptibles de nuire au
conducteur, éviter le désordre dans la voiture et éliminer les risques de contusions
causées par la projection d'objets.
C'est là un exemple d'une évaluation d'un milieu
de travail dans lequel se trouvent souvent les policiers: le véhicule automobile. On
pourrait procéder à une analyse semblable de la sécurité, du poids et des aspects
ergonomiques de l'équipement porté par les policiers qui patrouillent à pied109.
La modification du milieu de travail psychosocial
peut parfois contribuer elle aussi à réduire la fréquence des maux de dos. D'après
certains indices, il y aurait une corrélation entre les douleurs lombaires et certains
facteurs liés à l'organisation du travail et à la satisfaction au travail110.
Ebeltoit (1985) a fait état de corrélations entre la fréquence de maux de dos et la
participation des employés, leur autonomie ainsi que la marge de manoeuvre dont ils
disposent dans la prise de décisions. Les facteurs psychologiques du milieu de travail
sont examinés plus à fond dans la section qui suit.
Arsenault et van Ameringen (1991) ont récemment
procédé à une analyse des tendances actuelles et futures des programmes de gestion du
stress. Ils ont examiné diverses catégories professionnelles, mais ont mis l'accent sur
les professions de la santé. Ils ont conclu que les études contrôlées sur la
prévention ou la modification effective des sources de stress sont extrêmement rares,
même si la plupart des chercheurs s'entendent sur leur nécessité absolue. La grande
majorité des études étaient plutôt axées sur les mécanismes de tolérance
individuelle ou collective du stress.
Quatre grandes tendances semblent se dégager des
études sur la gestion du stress. Plusieurs études portaient sur les comportements et les
mécanismes individuels d'adaptation au stress. Les participants étaient invités à dire
comment ils réagissent dans certaines situations de stress. Leurs réponses décrivaient
différentes stratégies, notamment faire un compromis, tracer un plan d'action, agir pour
régler le problème, jouer au racquetball pour se défouler, lire un livre, penser à
autre chose et manger ou boire111.
Dans le domaine des forces de l'ordre, deux études
révèlent la diversité des mécanismes d'adaptation auxquels recourent les policiers
dans des situations stressantes. On a demandé aux policiers de réfléchir à ce qu'ils
avaient pensé, ressenti et fait lors de cinq événements récents survenus dans leur
travail, événements extrêmement stressants et d'une durée limitée. Ils ont répondu
qu'ils s'étaient alors sentis plus stimulés que menacés, qu'ils avaient jugé que la
situation pouvait être réglée (c'est leur travail et ils doivent l'accepter) et qu'ils
avaient réagi par des moyens beaucoup plus axés sur le problème112.
L'âge du policier et sa position dans
l'organisation jouent tous deux un rôle important dans le choix du type de réaction.
L'expérience antérieure de situations semblables peut s'avérer précieuse, et la
tolérance du stress peut probablement être rehaussée par une formation donnée selon la
méthode d'inoculation du stress. Les nouvelles recrues gagneraient à être
systématiquement jumelées à des policiers plus âgés et plus expérimentés. Par
ailleurs, selon une autre étude fondée sur l'observation d'échanges entre des policiers
et des citoyens, les agents utiliseraient des mécanismes d'évitement passifs, par
exemple la négation verbale de l'existence du danger ou les plaisanteries entre
collègues113.
Le deuxième champ de recherche lié à la gestion
du stress correspond aux programmes axés sur le développement et le renforcement des
ressources personnelles114. Deux types d'approches sont utilisés, l'approche
comportementale et l'approche cognitive. Les programmes fondés sur la première sont les
plus nombreux; ils mettent l'accent sur la bonne condition physique, la rétroaction
biologique et les techniques de relaxation. En raison de biais méthodologiques, il est
impossible de faire une évaluation valable de ces programmes.
Les programmes de conditionnement physique offerts
dans les organisations policières visaient exclusivement la réduction des risques de
maladies cardio-vasculaires (voir la section 5.3.2). Il existe peu de documents attestant
le recours à des approches cognitives. L'information donnée aux policiers est mal
définie. Les séances de formation offertes individuellement ou en groupe portent
habituellement sur des sujets comme le réaménagement des priorités, l'établissement
d'objectifs, la valorisation de soi et la gestion du temps.
L'étude du soutien social et de son rôle de tampon
contre les conséquences du stress correspond à la troisième orientation en gestion du
stress115. Les programmes qui visent à développer les aptitudes personnelles
à la communication procurent souvent aux individus des occasions privilégiées de créer
un réseau de soutien social. En raison de l'isolement particulier que leur impose leur
travail, les agents de police ont peut-être particulièrement besoin de l'appui de leurs
collègues et des membres de leur famille116.
Fait également digne de mention, les Programmes
d'aide aux employés (PAE) de certaines organisations offrent souvent ce type de gestion
du stress. Cependant, à l'heure actuelle, les PAE sont le plus souvent conçus pour
traiter les travailleurs après coup, notamment pour les aider à surmonter des problèmes
psychologiques, à vaincre l'alcoolisme ou à se remettre d'événements traumatisants117.
La dernière tendance qui se dessine dans le domaine
de la gestion du stress, qui est également la plus récente et la plus novatrice, se
traduit par des programmes centrés sur la modification des facteurs de stress à la
source. Selon une étude américaine menée récemment auprès du secteur privé, 27 % des
entreprises de plus de 50 employés offrent des programmes de gestion du stress qui, dans
81 % des cas, abordent la modification de l'organisation du travail118.
Peu de données sur de tels programmes ont été
publiées depuis 1980, année où Hackman et Oldham ont écrit leur manuel sur la
redéfinition des tâches. Pour contrer le stress professionnel, Karasek (1989) recommande
de laisser aux membres de certaines professions plus de latitude décisionnelle et
d'alléger la charge mentale qui leur est imposée. En 1981, Wall et Clegg ont fait état
d'une amélioration sensible de la santé émotive ainsi que d'une amélioration de
l'attitude et de la motivation face au travail chez les employés qui avaient suivi un
programme conçu pour accroître l'autonomie des équipes de travail.
Ainsi, selon une étude faite en milieu hospitalier,
une participation accrue des employés à la prise de décisions entraîne une diminution
appréciable des ambiguïtés et des conflits de rôles et du nombre de démissions119.
On a aussi découvert que l'accroissement de la communication et de la participation
entraîne une plus grande satisfaction des employés et la réduction du nombre d'erreurs
médicales120. Nous n'avons trouvé qu'une étude, faite en milieu policier,
sur un programme d'organisation du travail. Son auteur décrit en détail des programmes
de "cercles de qualité" et en énumère les principaux bienfaits:
Participation accrue des employés aux activités professionnelles;
amélioration de la qualité du travail; amélioration de la communication entre les
employés et les cadres; acquisition par les travailleurs d'une expérience de la
résolution de problèmes; amélioration du moral; développement d'aptitudes au travail
en équipe; perfectionnement des employés; interaction accrue entre la direction et
l'effectif et amélioration de la satisfaction au travail (p. 93)121.
Plusieurs principes se dégagent de l'examen de la
documentation sur les horaires de travail irréguliers. S'il est impossible d'éliminer le
travail par quarts dans la police, certaines études sur l'adaptation humaine à la
perturbation des rythmes biologiques proposent néanmoins des moyens intéressants
d'amélîorer la situation.
L'organisme s'adapte mieux aux périodes courtes de
travail par quarts (deux ou trois jours). Idéalement, les horaires de travail devraient
prévoir au plus trois quarts de nuit consécutifs, ou du moins une période de repos plus
longue après les quarts de nuit, afin de diminuer le manque de sommeil qui s'ensuit122.
De plus, certaines études révèlent que la durée du quart de travail a un effet sur les
fonctions corporelles rythmiques123. il est beaucoup plus facile de se reposer
et de s'adapter après une rotation jour-soir-nuit qu'après des quarts effectués dans le
sens contraire: nuit-soir-jour. Ceux qui établissent les horaires de travail pourraient
facilement tenir compte de ces principes.
Des chercheurs ont étudié l'effet nocif du travail
par quarts sur l'alimentation et la santé. Avec l'aide d'un nutritionniste, on pourrait
organiser un programme de promotion de meilleures habitudes alimentaires. Stones (1987)
propose certaines lignes de conduite d'application facile pour les travailleurs par
quarts: planifier les repas de la journée de façon à avoir une alimentation
équilibrée; prendre le repas principal au milieu de la journée et non au milieu du
quart de travail; réduire l'apport calorique en soirée et la nuit; boire plus d'eau et
consommer plus de fibres alimentaires; réduire les matières grasses, le sucre et la
caféine; prévoir chaque jour des périodes de détente pour faciliter la digestion et le
sommeil.
Le conditionnement physique, dont il a déjà été
question, joue lui aussi un rôle dans la gestion du travail par quarts. Les policiers
devraient avoir accès à des installations leur permettant de faire de l'exercice quand
ils ne sont pas de service.
En somme, les employeurs peuvent jouer un rôle
important dans l'amélioration de la qualité de vie des employés qui travaillent par
quarts en modifiant les horaires de travail, en mettant à leur disposition de meilleures
installations où ils pourront se restaurer pendant des quarts irréguliers et en
instaurant des programmes d'information et de formation pour trouver des solutions aux
effets défavorables de ce mode de travail.
Chapitre VI
Il ressort de l'analyse qui précède que les
mesures favorisant la santé et la sécurité au travail sont encore au stade
embryonnaire, en dépit des lois incitatives qui existent depuis plus de dix ans et des
appels répétés de chercheurs et de praticiens soulignant l'urgence et l'importance de
programmes de santé et de sécurité au travail124.
Plusieurs spécialistes soutiennent qu'il faut
concentrer les mesures d'amélioration de la santé et de la sécurité au travail au
niveau de l'organisation. En 1989, Johnson et Johansson ont présenté un numéro spécial
de la revue International Journal of Health Services, consacré à l'organisation
du travail, à la démocratisation du milieu de travail et à la santé des travailleurs.
Dans ses pages, différents auteurs expliquaient le besoin pressant de transformer les
structures et l'organisation du travail pour accroître la participation des employés et
leur plus grand rôle dans la prise de décision.
Au cours des quatre dernières années, le U.S.
National Instituts for Occupational Safety and Health (NIOSH) a proposé plusieurs
stratégies nationales de prévention des dix maladies et blessures professionnelles les
plus fréquentes125. il s'agit notamment des blessures musculo-squelettiques,
des blessures traumatiques graves subies au travail, des maladies cardio-vasculaires
d'origine professionnelle et des troubles psychologiques.
Chaque stratégie mettait l'acent sur la conception
des tâches, la surveillance des facteurs de risque et des troubles de santé, le besoin
d'informer, de sensibiliser et de former les employés de tous les niveaux et la
nécessité de poursuivre les recherches scientifiques dans le domaine.
Divers articles parus dans le Journal for Mind-Body
Health Advances (1989) abordent l'aspect "politique" de la question et
décrivent des affrontements syndicaux-patronaux classiques au sujet des responsabilités
respectives des employés et de l'employeur dans la promotion de la santé et de la
sécurité au travail126.
Selon Handy (1988), les intervenants et les
chercheurs doivent dorénavant accorder autant d'attention aux fonctions et aux structures
organisationnelles et sociales qu'ils en ont donné depuis quelque temps aux ressources
individuelles:
[...] les programmes de traitement individuel ou interpersonnel [...]
sont peut-être les plus simples à mettre en oeuvre parce qu'ils ne perturbent pas le
fonctionnement de l'organisation et ne mettent pas ses dirigeants en cause. Cependant, si
on accorde trop d'importance aux analyses centrées sur l'individu, on risque de
détourner l'attention des lacunes de l'organisation pour la porter sur les fautes de
l'individu, ce qui est un inconvénient considérable127.
Landsbergis (1988), Frone et McFarlin (1989) et
Schilling (1989) souscrivent à ce point de vue et encouragent les organisations à
prendre leurs responsabilités en contrôlant les risques auxquels leurs employés sont
exposés. Cullen et Sandberg (1987) ajoutent que, pour promouvoir la santé et la
sécurité des employés, il ne suffit pas de rechercher les causes des accidents et des
maladies et de réparer les dommages; il faut aussi faire de la prévention en modifiant
l'organisation du travail et en aidant les employeurs à prévoir les dangers plutôt
qu'à y réagir128. Kavianian et coll. (1989) et Sass (1989) invitent pour leur
part les employeurs à promouvoir activement la santé et la sécurité au travail. Par le
passé,
[...] la résistance de la direction à une participation accrue des
employés à la prise de décisions se fondait sur des considérations financières,
essentiellement des motifs d'efficacité. De plus, le droit des travailleurs à la santé
et à la sécurité était considéré comme sans rapport avec la réduction de la
fréquence et de la gravité des accidents ou de l'incidence des maladies professionnelles
et comme une atteinte aux prérogatives de l'employeur129.
Or, la documentation révèle au contraire une forte
corrélation entre la productivité et la participation des employés; elle fait
également état des effets bénéfiques considérables de la coopération
employeur-employés sur la santé et la sécurité au travail130. La
"responsabilisation des employés" est un nouveau terme très en vogue dans
l'organisation du travail, mais c'est à la direction qu'il incombe de prendre
l'initiative et de favoriser l'élaboration de programmes de santé et de sécurité au
travail caractérisés par une plus grande participation des employés131.
L'efficacité des programmes de santé et de
sécurité au travail offerts par une organisation peut être évaluée à l'aide des
données sur les résultats obtenus, comme l'illustre la section 6.3. Cependant,
l'évaluation de l'amélioration réalisée grâce à l'application de stratégies
conçues pour réduire le nombre d'accidents diffère quelque peu de l'évaluation des
stratégies conçues pour prévenir ou guérir les maladies professionnelles. Les
méthodes d'évaluation axées sur le milieu de travail physique diffèrent de celles qui
visent le milieu de travail sociopsychologique.
La section 6.3 donne une vue d'ensemble des
scénarios possibles sur divers plans: Risques du milieu - Atteintes à la santé -
Remèdes - Résultats. Il faut se rappeler que des exemples de variables typiques ont
été donnés dans chaque catégorie. Les remèdes indiqués dans le tableau ne s'excluent
pas mutuellement dans tous les cas, et les résultats peuvent être liés à tous les
risques du milieu. Néanmoins, le tableau donne une vue d'ensemble synoptique du contenu
de ce document de recherche.
L'efficacité d'une stratégie donnée est souvent
mesurée d'après ses effets sur l'absentéiste et le roulement du personnel, les
réclamations au titre de frais médicaux, les taux et coûts d'indemnisation des
travailleurs ainsi que le rendement et l'efficacité globale (résultats indiqués dans la
section 6.3). L'effet de ces stratégies peut également être perçu dans la diminution
de la fréquence des accidents ou de l'incidence de certaines maladies.
On peut mesurer l'efficacité relative de ces
stratégies en déterminant le coût du programme et ses bienfaits relatifs. On suppose,
par exemple, que le coût de l'amélioration de certains facteurs ergonomiques (notamment
les sièges et le confort des voitures de police) sera facilement compensé par les
avantages qui en résulteront. Or, comme ces modifications ergonomiques dépendent
directement, pour une bonne part, de la volonté de l'employeur, le recours à l'ergonomie
est peut-être le moyen le plus efficace de remédier à de nombreux risques du milieu. De
la même façon, on peut contrôler et mesurer le coût des programmes de formation en
prévention et des campagnes publicitaires en les comparant aux résultats obtenus dans un
délai donné.
| Risques du milieu |
Atteintes à la santé |
Remèdes |
Résultats |
| Accidents |
Perte d'un membre
Blessures au dos
Mort |
Ergonomie
Comité de sécurité
Formation
Surveillance et évaluation
Équipement de protection |
Roulement/absentéisme Satisfaction |
| Maladies |
|
|
Frais médicaux |
* D'origine
chimique |
Déficience auditive
Troubles de la vue
Affections cutanées |
Tri génétique
Surveillance de l'exposition
Programmes d'aide |
|
* D'origine
biologique |
Hépatite B
SIDA
Maladies contagieuses |
Surveillance
de l'exposition
Programmes d'aide |
Frais
d'indemnisation
des travailleurs |
* D'origine physique |
Maladies du coeur
Ulcères
Déficience auditive |
Ergonomie |
Participation |
* D'origine
organisationnelle |
Maux de dos
Burnout
Fatigue |
Modification des politiques
Amélioration des horaires
de travail
Ergonomie |
Rendement |
* D'origine
psychologique |
Burnout
Suicide |
Gestion du stress |
|
Chapitre VII
La santé et la sécurité des employés dans leur
milieu de travail revêt de plus en plus d'importance. Les employeurs prennent conscience
des coûts de la maladie et de l'avantage de pouvoir compter sur un effectif en bonne
santé. Le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux, en adoptant un
agencement complexe de lois, obligent de plus en plus les employeurs à se soucier de la
santé et la sécurité de leurs employés.
À l'heure actuelle, l'accent est mis
essentiellement sur les accidents et les maladies professionnels causés par le milieu
physique (ce qui inclut les dangers d'ordre biologique et chimique), mais les
organisations peuvent décider de préserver la santé de leur personnel en améliorant
aussi le milieu sociopsychologique. Il est rentable pour les organisations de se pencher
sur tous les aspects du milieu de travail puisque, ce faisant, elles réduisent leurs
coûts et augmentent le rendement de leurs employés.
Par ailleurs, si une entreprise a la réputation de
veiller à la santé et à la sécurité de ses travailleurs, cela peut l'aider à attirer
de nouveaux employés. En somme, des programmes efficaces visant ces deux aspects du
milieu de travail peuvent améliorer sensiblement tant la santé des employés que
l'efficacité de l'organisation.
Lorsqu'on songe à adopter des programmes
d'amélioration, il importe de consulter le personnel. Comme pour beaucoup d'autres
programmes organisationnels, la participation des employés à l'amélioration de la
santé et de la sécurité au travail est non seulement une bonne idée en soi, elle est
aussi probablement souhaitée par les intéressés.
Divers services policiers mettent actuellement à
l'essai des mécanismes de participation conjointe employeur-employés qui prennent la
forme soit de comités patronaux-syndicaux, soit de comités de santé et de sécurité
auxquels les employés participent directement. Le facteur décisif, du point de vue de
l'employeur, est que ces programmes peuvent réduire divers coûts: réclamations des
employés, indemnisation des accidents du travail, litiges et pertes de productivité dues
à l'invalidité, aux accidents, à l'absentéisme, au roulement et au décès
d'employés.
Nous avons présenté dans ces pages une vue
d'ensemble des politiques et des pratiques qui visent l'amélioration de la santé et de
la sécurité au travail dans les services policiers. Même si les documents publiés sur
le sujet sont rares, nous avons tâché de recueillir assez d'information pour pouvoir
déceler les tendances actuelles et futures. Pour pouvoir concevoir un programme de santé
et de sécurité au travail, il faut tout d'abord mieux comprendre le phénomène. Ce
document a permis de faire un pas dans cette direction, et son utilité doit être
évaluée sous cet angle.
- En règle générale, les initiatives locales et privées en
matière de santé et de sécurité au travail font rarement l'objet de publications
accessibles: il y a une exception à la règle, soit l'information abondante sur les
facteurs psychologiques, et en particulier sur le stress professionnel, dans l'ensemble
des professions et dans le secteur policier.
- Dolan et Schuier, 1987, p. 443.
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- Dolan et Schuler, 1987.
- Commission de la santé et de la sécurité au travail, 1989.
- La section portant sur les aspects juridiques est tirée du
chapitre 14 de l'ouvrage de Dolan et Schuler, 1992. Ce livre, qui en est à l'étape
finale, sera publié sous ce titre Dolan, S.L. et Schuler, R.S. Human Resource
Management in Canada, deuxième édition, Toronto, Nelson Canada, 1992.
- L.R.C. (1985), ch. H-3.
- L.R.C. (1985), ch. T.19.
- L.R.C. (1985), ch. C-13.
- L.R.C. (1985), ch. L-2.
- Code canadien du travail, ibid., art. 124, tel que
moldifié, L.R.C. (1985), ch. 9 (1er suppl.) art. 4.
- Code canadien du travail, art. 124, ibid., art.
125.1, art. 125.2, rajoutés aux L.R.C. (1985), ch. 24 (3e suppl.).
- À noter que cette liste est une version abrégée de
l'article 125.
- L.R.C. (1985), ch. 24 (3e suppl.) Partie III (articles 9 à
15).
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- Parmi les organismes qui oeuvrent dans ce domaine aux
États-Unis figurent le Center for Environmental Research du Argonne National
Laboratory, dans l'Illinois, ainsi que l'Office of Emergency and Remedial Response,
Hazardous Substance Support Division of the Environmental Protection Agency, à
Washington (D.C.). Au Canada, il existe une Division des techniques d'intervention
d'urgence, un Service de protection de l'environnement et un organisme qui porte le nom de
Protection civile Canada; tous ces services relèvent d'Environnement Canada. Protection
civile Canada est doté d'un centre de coordination qui lui permet de recueillir des
renseignements et d'évaluer les situations d'urgence (Swick, 1988) à l'aide d'une
méthode appelée la gestion des lieux d'une catastrophe. Cette méthode vise à convertir
une situation incontrôlée et dangereuse ou potentiellement dangereuse, survenue à la
suite d'un accident, en une situation sûre et contrôlée (Robins et Scott, 1988).
- Buttner et coll., 1988; Goldthorp, 1988; Streutker, 1988.
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Tougas, 1989a, 1989b.
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1987; Collingwood, 1988; Superko et coll., 1988.
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- Côté et coll., 1990.
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- Voir le document de recherche 5 du Comité externe d'examen
de la GRC, 1990.
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1988; Israel et coll., 1989b; Kavianian et coll., 1989; Matthias et coll., 1989; Pelletier
et Lutz, 1989; Sass, 1989; Schilling, 1989; Elkin et Rosch, 1990; Ilgen, 1990; Jacobson et
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