Le traitement ultérieur des plaintes
Compte rendu de la consultation
Comité externe d'examen
de la
Gendarmerie royale du Canada
Président
L'honorable René J. Marin, O.M.M., c.r., LL.D.
Vice-présidente
F. Jennifer Lynch, c.r.
Membres
Joanne McLeod, C.M., c.r.
William Millar
Mary Saunders, c.r.
Le Comité publie une série de documents de
recherche en vue de recueillir les observations du public et de s'en inspirer pour
formuler des recommandations conformément à la Loi sur la Gendarmerie royale du
Canada (1986). Les opinions exprimées dans le présent document ne sont pas
nécessairement celles du Comité.
Nous vous invitons à nous faire part de vos
observations en vous adressant à :
Simon Coakeley
Directeur exécutif
Comité externe d'examen de la GRC
Case postale 1159
Succursale 'B'
Ottawa (Ontario)
K1P 5R2
FAX: (613) 990-8969
Déjà parus:
Document de recherche 1
Les suspensions - Une analyse comparée
Les suspensions - Compte rendu de la consultation
Document de recherche 2
La réinstallation - Peut-elle se faire sans difficulté?
La réinstallation - Compte rendu de la consultation
Document de recherche 3
Renvoi pour raisons médicales - Une optique policière
Renvoi pour raisons médicales - Compte rendu de la consultation
Document de recherche 4
Le traitement ultérieur des plaintes - L'impact de la procédure des plaintes sur le
système de discipline dans la police
Document de recherche 5
Programmes d'aide aux employés - Philosophie, théorie et pratique
Programmes d'aide aux employés - Compte rendu de la consultation
Document de recherche 6
Renvoi pour raisons disciplinaires - Une optique policière
AVANT-PROPOS
Le quatrième document de recherche du Comité
externe d'examen de la GRC intitulé "Le traitement ultérieur des plaintes -
L'impact de la procédure des plaintes sur le système de discipline dans la police"
a été distribué à des fins de consultation, en 1990, à plusieurs organismes des
gouvernements fédéral et provinciaux, à plusieurs services de police de niveau
fédéral, provincial et municipal, ainsi qu'à certains entreprises canadiennes.
Le Comité remercie les gens qui ont bien voulu
commenter les questions soulevées dans le document de recherche. Leurs observations
étaient très intéressantes et très utiles pour le Comité. Tout comme pour les comptes
rendus précédents, les commentaires intégrés à ce rapport demeurent anonymes.
Dans le cadre du programme de recherche permanent du
Comité, quatre documents sont présentement en marche: La conduite des agents de police
n'étant pas de service, Les principes de l'imposition des sanctions, Les événements
spéciaux et L'évolution de la gestion policière.
Simon Coakeley
Directeur exécutif
Comité externe d'examen de la GRC
Le traitement ultérieur des plaintes
- Compte rendu de la consultation
1. Consultation
a) Méthode et objectif
Dans la préparation du rapport sur son quatrième
sujet de recherche, "Le traitement ultérieur des plaintes - L'impact de la
procédure des plaintes sur le système de discipline dans la police", le Comité
externe d'examen a conservé son approche en deux étapes.
La première étape consiste à faire préparer une
étude par un consultant. Dans le cas présent, le Comité a publié le document de
recherche soumis par le consultant Clifford D. Shearing, professeur au Centre de
criminologie de l'Université de Toronto. Les opinions exprimées dans ce document sont
celles de l'auteur et ne sont pas nécessairement partagées par le Comité externe
d'examen.
La deuxième étape consiste à dresser un compte
rendu des idées, des impressions et des points de vue sur le contenu du -document de
recherche transmis par un groupe de lecteurs choisis. Pour fins de confidentialité la
source des citations demeure anonyme. Le rôle de la Direction de la recherche du Comité
dans ces consultations est de recueillir des commentaires sur la forme et le contenu du
document de recherche et de s'en servir pour mener à bonne fin l'étude des questions
abordées. La deuxième étape peut également prendre connaissance de modèles ou
d'options autres que ceux qui sont présentés dans le document de recherche.
Le Comité vise, par ses documents de recherche, à
inciter la discussion et non pas à prendre position sur les questions qu'il aborde. Les
données contenues dans le document de recherche intitulé "Le traitement ultérieur
des plaintes - L'impact de la procédure des plaintes sur le système de discipline dans
la police" montrent clairement qu'il y a des différences régionales dans les
systèmes de plaintes du public en vigueur au Canada. L'auteur ne cherchait pas à
favoriser l'un de ces systèmes plus qu'un autre ni à proposer que des modifications
soient apportées aux dispositions législatives existantes. Il voulait plutôt faire
valoir que les personnes en cause devraient respecter le cadre législatif actuel et
adopter des attitudes concordantes et cohérentes, afin que les affaires disciplinaires
découlant de plaintes du public soient traitées de la même façon que celles qui
découlent de procédures internes.
Pour recueillir les données intégrées à ce compte
rendu, le Comité a consulté les sous-procureurs généraux et les sous-solliciteurs
généraux des provinces et des territoires, le commissaire de la GRC et l'exécutif
national des représentants divisionnaires des relations fonctionnelles de la GRC. Un
grand nombre de services de police ainsi qu'un nombre représentatif de membres de
l'Association canadienne des chefs de police et l'Association canadienne des policiers ont
également été consultés. Au sein de l'administration fédérale, le Comité a
consulté la Commission de la fonction publique, le ministère de la Défense nationale et
le ministère du Solliciteur général. Certaines entreprises canadiennes ont également
été invitées à donner leur point de vue ou à soumettre leurs commentaires. En tout,
165 personnes ou organismes, représentant des employeurs et des employés, ont reçu un
exemplaire du document de recherche à des fins de consultation.
Tout comme pour les autres comptes rendus, le Comité
n'a pas limité sa consultation à des organisations policières, car il y aurait eu trop
peu de diversité dans les réponses et idées recueillies. Il était important de sonder
l'opinion de tous les types d'organisations pour élargir le champ de la consultation.
b) Taux de réponse
Lorsqu'une recherche est effectuée sur un problème
qui touche de nombreux services de police, le matériel utilisé ne satisfait pas toujours
aux objectifs de chacun d'eux. Par conséquent, le taux de réponse varie énormément
d'un document à l'autre, tout comme la quantité de détails fournis.
Le nombre des répondants n'a pas été aussi élevé
pour ce document de recherche que pour certains documents antérieurs; cependant, la
plupart de ceux qui ont répondu ont fait des commentaires abondants et étoffés. La GRC,
des forces policières provinciales et municipales, des ministres et fonctionnaires
provinciaux ainsi que de hauts fonctionnaires de certains ministères fédéraux nous ont
fait part de leurs commentaires.
Le résultat de la consultation est le suivant:
| Organisme |
Pourcentage de répondants |
Gouvernement |
|
|
fédéral
provincial
municipal
|
26,7
20,0
0,0 |
Police |
|
|
commissions
forces
associations de membres
|
0,0
53,3
0,0 |
Secteur privé |
0,0 |
c) Commentaires généraux
Les commentaires reçus au cours de la consultation
sont une excellente source d'information, tant pour le Comité que pour la collectivité
policière. L'un et l'autre peuvent tirer profit des points de vue exprimés par les
services de police et les ministères qui ont répondu.
Le Comité a reçu de nombreux commentaires
généraux soulignant la qualité générale du document de recherche et l'intérêt qu'il
avait soulevé.
C'est de loin le document le plus équilibré et le plus objectif que
j'aie lu sur les plaintes contre la police, et la franchise avec laquelle on aborde des
questions délicates est rafraîchissante. Le style est concis, et je félicite les
rédacteurs des efforts qu'ils ont déployés pour en faire un document très facile à
lire. Le Comité externe d'examen a apporté une contribution valable à la collectivité
policière canadienne en préparant et publiant ce rapport.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
La lecture de ce rapport complet et informatif s'est
avérée éclairante.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
Le document sur le traitement ultérieur des plaintes soulève plusieurs
questions majeures qui ne sautent peut-être pas aux yeux des gestionnaires de la police,
mais qui sont des facteurs essentiels de l'application des mesures disciplinaires.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
[...] le document fait prendre conscience de ce qui se passe aujourd'hui
dans les organisations policières.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
Le document est très bien fait, intéressant et informatif. Il donne une
idée très juste de la façon traditionnelle de traiter les questions de discipline dans
la police, des nombreuses règles et procédures et des jugements descendants portés sur
les méfaits des policiers.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
[...] nous avons trouvé que ce document était des plus informatifs et
suscitait indéniablement la réflexion.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
Je suis persuadé qu'un document de recherche de ce genre aidera à
trouver des moyens d'aborder les questions disciplinaires qui puissent satisfaire le
public et les services de police.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
Je crois que l'information donnée dans le rapport est d'actualité et
importante et qu'elle sera utile à la communauté policière et à ceux qui la dirigent.
Quelques répondants ont mentionné expressément qu'ils
aimeraient recevoir ce compte rendu de la consultation.
J'attends avec intérêt de lire le compte rendu de la consultation qui
sera publié sur ce sujet.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
Je suis heureux d'avoir la possibilité de commenter votre document de
recherche et j'ai hâte de prendre connaissance des résultats de l'enquête.
Le Comité a été heureux de recevoir ces commentaires
de personnes qui s'intéressent au traitement ultérieur des plaintes. Les répondants
étaient intéressés à prendre connaissance du document de recherche du Comité et à
participer au processus de consultation.
2. Commentaires sur le contenu
a) Systèmes de plaintes du public
La plupart des répondants ont fait des observations
étoffées sur le contenu du document de recherche, Certains ont commenté la valeur
globale des systèmes de plaintes du public.
[...] Je crois que l'existence d'un système de plaintes va de pair avec
la tendance croissante à exiger que toutes nos institutions rendent davantage compte de
leurs actes au public. La police a été le point de mire du public à cause du rôle
crucial qu'elle joue dans l'application de la loi et le maintien de l'ordre. De fortes
pressions s'exercent aussi sur d'autres institutions comme la médecine, le droit et le
génie pour qu'elles rendent davantage de comptes au public.
Toutes ces institutions ont la lourde tâche de mettre au point des
mécanismes qui donneront au public l'assurance que ses préoccupations sont traitées
équitablement, sans toutefois aliéner les personnes qui font l'objet d'une enquête.
Dans le contexte policier, cette tâche peut être accomplie si les dirigeants adoptent
une stratégie intégrée visant à ramener dans le droit chemin les agents qui ont des
écarts de conduite et, dans une volonté globale de changement, à identifier et à
résoudre les problèmes systémiques mis au jour par l'inconduite d'un agent.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
Les commentaires sur la tendance des systèmes de plaintes du public à
mettre l'accent sur la punition plutôt que sur les mesures correctives sont véridiques.
Cela tient probablement au fait que l'approche punitive satisfait les plaignants qui
réclament leur dû.
Certains répondants ont traité plus précisément des
systèmes de plaintes du public en vigueur dans leur province et de la façon dont la
police devrait interagir avec ces systèmes pour qu'ils continuent d'atteindre leurs
objectifs.
L'objet du système actuel de plaintes du public est de donner aux gens
la possibilité d'exprimer leurs préoccupations au sujet de la conduite de la police.
Cependant, le processus des plaintes a aussi incité la direction à prendre plusieurs
initiatives à long terme touchant notamment l'équité en matière d'emploi, la police
socio-préventive et la formation sur les relations interraciales.
On peut présumer que, si les services de police mettent l'accent sur ces
questions systémiques, ils seront plus à même de répondre aux préoccupations du
public. Nous espérons et comptons que les plaintes d'inconduite grave diminueront par le
fait même.
Dans ce contexte, la question de savoir s'il y a lieu de préférer la
formule de l'ombudsman à celle des enquêtes internes sur les plaintes, qui a été
soulevée par M. Shearing, prend une importance secondaire. L'essentiel est de déterminer
si, étant donné l'actuelle méfiance du public à l'égard des institutions policières,
nous avons besoin d'un système de plaintes. Si, comme je le pense, la réponse est
affirmative, il faudra ensuite se demander comment la direction de la police pourra
instaurer des stratégies de gestion innovatrices à l'intérieur d'un système qui
l'oblige à répondre objectivement aux plaintes du public?
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
Ce document présente un exposé excellent et fort utile sur le système
de plaintes, les réformes et les modèles proposés au fil des ans, ainsi que sur les
façons actuelles de traiter les plaintes du public contre la Gendarmerie royale du
Canada.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
Étant donné ses répercussions politiques et sociales, le processus des
plaintes doit être et paraître équitable, impartial et sensible aux besoins des
intéressés.
C'est pourquoi nous, policiers, devons poursuivre cet objectif de façon
énergique et dynamique, en prenant l'initiative plutôt qu'en nous contentant de
répondre aux pressions extérieures.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
Pour que le système réponde aux besoins de tous, nous devons
constamment le revoir et y apporter des changements, au besoin.
Ces observations révèlent une attitude positive : si
l'on réagit de façon active et progressive aux systèmes des plaintes du public, tout le
monde sera gagnant. Elles font également voir certains des avantages d'un bon système de
plaintes du public.
b) Optique punitive ou corrective
De nombreux répondants ont commenté le point de vue
exprimé dans le document selon lequel la tendance à assimiler gestion policière et
discipline se trouve renforcée lorsque la question dont est saisie la direction est une
plainte; en d'autres termes, les plaintes, de par leur nature même, ont tendance à
renforcer l'habitude des gestionnaires d'organisations policières de gérer par la
discipline.
[...] le document de recherche provoque la réflexion et il est précieux
pour la direction [...], car il souligne à quel point il est dangereux pour les
gestionnaires de la police de se laisser subjuguer par les faiblesses et les pressions
inhérentes au processus des plaintes et de prendre la voie qui leur est la plus
familière, soit celle qui s'apparente aux enquêtes et aux poursuites criminelles,
perdant ainsi de vue le côté correctif de la discipline au sein des corps policiers.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
Les deux styles de gestion se retrouvent dans de nombreux services de
police. Le problème du document de recherche est qu'il tente de ménager la chèvre et le
chou en fondant son argumentation sur les deux approches, tradition/progrès et optique
punitive/optique corrective.
Dans ce document, on ne reconnaît pas que la discipline a un côté
positif ou constructif, et on ne définit ni la nature ni la portée de l'approche
corrective.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
J'estime devoir souscrire à vos conclusions sur la nature punitive de la
discipline au sein de la police et ce, pour les raisons mêmes que vous énoncez dans
votre document. il est à espérer que nous, de la collectivité policière, examinerons
mieux à l'avenir cette autre façon de concevoir la discipline au sein de la police.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
Il serait risqué, pour une organisation comme la nôtre, d'aborder les
plaintes des citoyens uniquement dans une optique corrective. S'il est vrai qu'il peut y
avoir un problème d'attitude ou d'interprétation au niveau de l'organisation, il n'en
reste pas moins que les problèmes ne sont pas tous structuraux et que les écarts de
conduite individuels doivent faire l'objet d'un examen approprié.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
Ce document signale à fort juste titre que l'insistance sur la
discipline a des racines très profondes et qu'il faudra un virage majeur, non seulement
dans la façon de penser de la collectivité policière, mais aussi dans les débats
organisationnels de la police et dans les attitudes du public.
Sans nier la nécessité d'une solution corrective
soulignée par l'auteur, un certain nombre de répondants ont mentionné que la solution
punitive avait également sa place et que le choix entre les deux devait être fonction de
la nature et de la gravité de l'action.
Il est vrai que la punition n'est pas nécessairement synonyme de mesure
corrective. Cependant, j'estime que, à tout le moins dans les affaires disciplinaires les
plus graves, la meilleure mesure corrective est d'ordre punitif. Il m'apparaît donc que,
dans certaines circonstances, les mesures punitives et les mesures correctives
coïncident.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
En ce qui concerne les plaintes liées à l'inconduite de policiers, on
pourrait faire une meilleure distinction entre, d'une part, les infractions mineures et
majeures au code de conduite et, d'autre part, les méfaits graves. Il se peut, cependant,
qu'une approche corrective convienne mieux dans le cas des méfaits mineurs.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
Je crois que c'est la nature de l'inconduite qui détermine s'il y a lieu
d'opter pour une mesure corrective ou une mesure punitive. Plus l'infraction disciplinaire
est grave, plus une forme quelconque de punition s'impose.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
Il semble que les organisations où coexistent divers styles de gestion
soient plus en mesure, structuralement, de garantir un traitement équitable des plaintes
par tout système éventuellement mis en place. De plus, la nature de l'organisation policière et des services offerts
suppose qu'il faut parfois adopter un style de gestion directif ou autocratique pour
parvenir à faire respecter les procédures, tant pour la protection de la police que pour
celle du public.
Quelques répondants ont commenté expressément
l'observation de l'auteur selon laquelle le système de plaintes traditionnel, qui relie
les plaintes et la discipline, a tendance à aborder la discipline sous un angle
individualiste et punitif qui ne favorise pas l'identification des problèmes systémiques
exigeant une solution organisationnelle plutôt qu'individuelle.
L'un des commentaires les plus importants et les plus intéressants du
document est celui qui concerne le besoin, pour les gestionnaires de la police, de
chercher à déceler les problèmes systémiques ou organisationnels qui ont amené les
agents à commettre des méfaits, de chercher ce qui ressort des plaintes comme
"commentaire sur la gestion", et, ce qui est encore plus important, de
découvrir les causes profondes d'un problème et de s'y attaquer de plein fouet.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
Je comprends le point de vue de M. Shearing sur la difficulté qu'il y a
à justifier les punitions individuelles face à la nécessité, dans le contexte
disciplinaire, de trouver des solutions à des problèmes systémiques et à produire des
résultats à long terme. Cependant, qu'une intervention disciplinaire soit issue d'une
procédure interne ou d'une plainte du public, la direction peut à la fois punir l'agent
et proposer des solutions à tout problème systémique décelé. L'autorité et la
latitude accordées aux policiers font en sorte que la discipline est tout aussi
nécessaire dans leur cas que dans celui de n'importe quel autre employé.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
Comme solution à ce problème, on suggère d'instaurer un système de
réponse interne en deux volets aux plaintes des citoyens. Cette stratégie combinerait
apparemment une approche plutôt traditionnelle de la discipline et un programme axé sur
des mesures correctives et préventives qui pourraient être prises dans le cadre des
politiques et procédures des services de police. Je présume que le personnel de
direction aurait pour cela à examiner couramment d'un oeil critique les rouages internes
des services de police afin de déterminer si les politiques et procédures existantes ou
encore l'absence de directives du genre jouent un rôle quelconque dans les cas
d'inconduite.
Si c'est là le genre de double réponse aux plaintes que prévoit le
document de recherche, l'idée mérite un examen attentif. L'auto-analyse critique est une
démarche fort valable, surtout si elle peut mener à l'adoption de mesures propres à
empêcher que d'autres écarts de conduite soient commis par des policiers.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
[...] J'estime que [les forces policières] manqueraient à ses devoirs
si elle ne reconnaissant pas que des problèmes systémiques ou organisationnels peuvent
être à l'origine de certains écarts de conduite et que la direction devrait toujours
être incitée à se demander si des politiques, des pratiques, des procédures ou des
circonstances sur lesquelles les membres ont peu ou point de contrôle jouent un rôle
dans les cas d'inconduite. Si elles jouent effectivement un rôle, il faudrait intervenir
en conséquence et se pencher sur ces politiques, pratiques, procédures et circonstances
plutôt que ou en plus de punir le membre fautif.
c) L'examen externe et la GRC
L'auteur devait étudier l'ensemble des services de
police, et non seulement la GRC. Par conséquent, les observations qu'il a faites dans son
document ne portent pas uniquement sur cet organisme. La plupart des données liées aux
mesures disciplinaires prises par la police à la suite de plaintes du public ont été
étudiées de façon abstraite avant que ne soient formulés des commentaires plus précis
sur des corps policiers particuliers.
Il est probablement utile de mentionner que, même si
le Comité externe d'examen effectue essentiellement ses recherches pour lui-même, il les
diffuse largement dans l'ensemble de la collectivité policière canadienne. Des
exemplaires de ses travaux sont même diffusés à l'extérieur du Canada. Par
conséquent, même si la recherche est souvent axée sur la GRC, elle ne l'est
certainement pas de façon exclusive.
Parmi les éléments importants de son étude sur
l'examen externe et la GRC, l'auteur a exposé en détail le concept de l'ombudsman, et
les répondants ont commenté ce concept et, de façon plus précise, les organismes
d'examen de la GRC.
J'appuie personnellement le concept de l'ombudsman ou de l'examen externe
pour diverses raisons. Depuis quelques années [...] nous employons à ce titre un
contrôleur des plaintes des citoyens et nous croyons en ce processus. Nous encourageons
d'autres organismes à suivre notre exemple et nous serions nettement en faveur de
l'instauration de lignes directrices uniformes dans l'ensemble de la collectivité
policière pour régir la sélection et l'emploi des contrôleurs.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
Deux organismes d'examen externe (le Comité externe d'examen et la
Commission des plaintes du public contre la GRC) sont chargés de surveiller la façon
dont la direction de la Gendarmerie répond aux plaintes; ces deux organismes sont censés
jeter un regard objectif et indépendant sur le traitement des plaintes et exercer une
influence suffisante pour garantir que la direction prendra les mesures correctives et
punitives qui s'imposent.
En ce qui concerne le chapitre que l'auteur a consacré
à l'examen externe et à la GRC, l'un des répondants a noté à juste titre que l'on
avait omis de mentionner que, à la GRC, les "mesures disciplinaires graves"
incluent les mêmes peines correctives non punitives que les "mesures disciplinaires
simples".
3. Conclusion
Les commentaires reçus montrent que le document de
recherche sur le traitement ultérieur des plaintes a suscité beaucoup d'intérêt dans
la collectivité policière canadienne. Ils montrent en outre que les principaux points
soulevés par l'auteur sont des éléments essentiels de la discussion.
Les répondants étaient généralement d'accord avec
la description de l'auteur concernant le style de gestion traditionnel privilégié par la
police, qui tend à être axé sur la punition. Même s'ils étaient nombreux à penser
qu'une approche corrective semblable à celle que propose l'auteur fait désormais partie
du style de gestion contemporain, certains hésitaient à tourner le dos entièrement à
l'approche punitive, estimant qu'elle a sa place dans les cas les plus graves.
Bon nombre de répondants ont fourni des commentaires
généraux sur la valeur des systèmes de plaintes du public et sur le fait qu'ils sont
maintenant prévus par la loi dans la plupart des provinces. D'autres se sont prononcés
de façon plus précise sur les systèmes de plaintes du public en vigueur dans leur
propre secteur et sur la nécessité de continuer à évaluer les lois et les procédures
existantes afin de s'assurer qu'elles poursuivent toujours les objectifs initialement
prévus.
Ceux qui ont commenté le point de vue de l'auteur
sur le concept de l'ombudsman en tant que système d'examen externe possible et, en
particulier, les processus d'étude des plaintes créés pour la GRC semblaient
généralement favorables tant au concept théorique de l'ombudsman qu'au système
instauré.
Ce processus de consultation a prouvé que l'on est
très sensibilisé à la réalité et à la nécessité des processus de plaintes du
public. Les répondants estiment que leurs organisations s'adaptent à de nouvelles
réalités et à de nouvelles approches en gestion. La consultation n'a cependant pas
permis d'élucider le rôle que jouent les plaintes du public dans les mesures
disciplinaires prises à l'endroit des membres d'un service de police. Comme le signalait
le document de recherche, la crédibilité du système utilisé par un service de police
pour étudier les plaintes du public dépend du juste équilibre que l'on parvient à
établir entre des intérêts divergents, et ce, quel que soit le modèle du système.
Le Comité externe d'examen souhaite bien faire
comprendre que les gens qui s'occupent des systèmes de plaintes du public et de
discipline doivent respecter les lois en vigueur dans leur secteur de compétence et
traiter tous les cas de discipline de façon cohérente, peu importe leur provenance. À
cette fin, le Comité publiera sous peu un document de recherche sur les principes de
sanctions. On y étudiera le rôle de divers facteurs dans la détermination de la peine
qu'il convient d'imposer à un policier jugé coupable d'avoir enfreint un code de
déontologie.
Comme en témoigne le document sur le traitement
ultérieur des plaintes, les documents de recherche et les comptes rendus de consultation
du Comité permettent des échanges d'idées fructueux sur la gestion des ressources
humaines dans la collectivité policière. Le Comité externe d'examen souscrit à
l'observation suivante de l'un des répondants :
Le document sert essentiellement à faire prendre conscience aux gens de
ce qui se passe autour d'eux [...] Il nous rappelle également que, si nous ne veillons
pas au bon fonctionnement de notre système, d'autres se chargeront de le faire à notre
place.